Au village, on commence à se faire de vrais amis. Les enfants des voisins sont toujours aussi curieux : de mes effets, de ma peau, de mes cheveux, et malheureusement envieux ! Si les occidentales visent la beauté des belles mannequins qu’on leur met constamment sous le nez, les togolaises, elles, adulent celle des blanches : la peau claire, les yeux clairs, les longs cheveux…Pourtant je ne vois que des femmes noires sur leurs panneaux publicitaires. On m’a fait observer (surtout dans les villes) les femmes qui se font dépigmenter la peau avec des crèmes. Certes, elles ont le teint plus clair mais aux endroits où la peau est moins tendue (yeux, nez, articulations) le pigment noir persiste et trahit ainsi leur pratique, heureusement assez mal vue ! Et plus tard, pour conséquence, tâches sur la peau et cancers…que de gâchis !
Souvent les enfants profitent des voyages d’Omer à Kpalimé pour satisfaire leur curiosité. « Quand le chat n’est pas là, les souris dansent ! » m’a-t-il dit. Et c’est vrai ! Intrusion dans la chambre, appels intempestifs pour que je sorte au-dehors, séance de tressage, et lessive en commun au marigot.
On s’est aussi rapproché par des démonstrations culturelles : la « yovo » qui danse et chante comme le Togolais, ça fait toujours rire, et ils apprécient qu’on s’ouvre (enfin) à leur culture. Séance également de dessin, pendant la recette de « Papa et Maman Soja ». C’est un couple qui loge un peu plus bas que nous. La dame vend tous les jours du fromage de soja qu’elle fabrique tôt le matin. Ils ont accepté de m’en montrer la fabrication, que j’aimerai tenter en France. Parce qu’autant je n’aime pas trop la consistance caoutchouteuse du Tofu que l’on nous vend en France, autant celle du fromage de soja est douce et onctueuse. Les ingrédients nécessaires risquent par contre d’être difficiles à trouver, mais bon j’essaierai quand même.
Il y a différents modes de consommation de ce fromage que l’on appelle le « Ouangach »: moi je le préfère tout frais, mais au Togo, ils le font frire nature dans de l’huile, ou encore revenir dans des épices en brochette avec de l’oignon.
J’ai fait un présent à la dame pour la remercier de m’avoir divulguer sa recette, et du coup « Papa Soja », dont le véritable nom est Paul, est venu nous aider au champ. C’était le jour des sillons pour le maïs. La terre est rabattue en une sorte de talus continu le long des courbes de niveau puis on y sème le maïs, qu’on associe parfois avec l’arachide ou le haricot (légumineuses), ou encore le mucuna (engrais vert qui permet d’enrichir la terre et d’étouffer les mauvaises herbes qui viendraientt concurrencer la culture).
On a eu aussi la visite du « boutiquier ». Ce n’est pas le seul du village mais comme c’est le plus proche de nous… c’est « LE boutiquier ». Et puis c’est aussi notre informateur : dès qu’on a besoin d’un renseignement, on fait deux pas et on se présente à sa devanture. C’est l’équivalent d’une épicerie de chez nous (en plus petit) : produits de beauté et alimentation, alcools…Le boutiquier ou Emmanuel, est un des frères du chef du village. Il aurait donc pu être chef mais, à ce qu’il m’a dit, comme il est gaucher, les gens ont préféré son frère. Au village, c’est comme nous autrefois, on discrédite les gauchers… Et pourtant, il est très respecté, car il a bien évolué socialement grâce à un belle plantation d’avocatiers greffés (selon les bruits), dont Danyi est devenue LA zone de production au Togo.
Donc tout naturellement, on lui a commandé une trentaine de pieds qu’il a planté avec nous sur le champ. Pour le moment, on les a juste installés dans un trou à la tarière, mais plus tard il faudra les bichonner : labourage sur un m², avec incorporation de fumier. C’est ce qui a fait la réussite de ses avocatiers.
On a également été sur son terrain, pour voir cette fameuse plantation. Elle n’est pas très grande mais bien fournie : association d’avocatiers greffés de différentes variétés, avec des bananiers, Alotis, taro et des caféiers qui ont besoin d’ombre et se portent très bien sous celle des avocatiers. Nous y sommes allés le jour de la cueillette : tous les mardis. Les hommes grimpent dans les arbres pour faire tomber les avocats à l’aide d’un bâton ou en secouant les branches pour ceux situés aux extrémités. Puis les femmes rassemblent les fruits au pieds de l’arbre, les trient et enlèvent les queues. La mise en sac est tout un art : les gros fruits sont placés au fond du sac et au-dessus, les petits et les moyens au milieu. Ainsi, quand l’acheteur arrive, il ne voit que les gros fruits à la surface, et s’il demande à vider le sac, les gros du fond se retrouvent à la surface du tas…malin, malin le commerce ! Le tout est ensuite expédié dans la nuit vers Lomé, au marché d’Hahanoukopé, où acheteur Togolais et Béninois se disputent la marchandise. Mais pas d’export, et c’est dommage, car les variétés d’Emmanuel sont vraiment très bonnes, notamment une dont le fruit est très allongé, au goût de noisette, hummm !
Pour cette journée de travail effectuée, nous avons eu droit à de nombreux avocats, de l’ananas et du « ouagach », fromage local fabriqué par les peuls qui circulent avec leur boeufs dans les parages de son terrain. C‘est un fromage frais, donc le goût est léger, et la texture est un peu caoutchouteuse. On l’a mangé en salade avec nos avocats-noisettes, mais les Togolais l’incorporent plutôt en petits morceaux dans leurs sauces ou encore le font frire avec des épices.
Emmanuel a trouvé qu’on avait un bon terrain, « encore faut-il que vous le valorisiez à l’africaine ! », m’a-il dit. Lors de la visite, Omer lui a parlé de certaines expériences que j’avais faite en m’appuyant sur des techniques, certes dans des livres, mais qui sont des témoignages de pratiques (donc ce n’est pas que de la théorie) existantes dans le monde tropical, dont d’autres pays d’Afrique ! Je remarque malheureusement ici que les gens ne cherchent pas à sortir de leur Togo !! et en plus, ils s’imaginent que ce qu’ils font, c’est ce qui se fait dans toute l’Afrique !! Toujours la même ritournelle qui solutionne tous les problèmes : « ici, c’est l’Afrique ! » .
A ce sujet, le troisième visiteur de ce mois, un autre Emmanuel, du Centre de Développement d’Apéyémé, m’a d’ailleurs précisé que le contexte du plateau était bien particulier : c’est plus isolé, alors les gens sont plus traditionalistes et réfractaires à tout changement…sauf quand ils voient l’argent venir grâce à une culture ou une technique ! Beaucoup vont se mettre à la copier.
Lui aussi trouve que le terrain est bon : l’accès à l’eau est facile grâce à la rivière en contre-bas, un milieu forestier, l’autre ensoleillé( et rocailleux, alors il m’a appuyée à faire les cordons de légumineux), et puis le plateaux, à la terre riche et profonde.
On a aussi trouvé de nouveaux métayers, enfin sérieux ! Ce sont des jeunes du village qui ont fini l’année scolaire et qui apprécient de se faire un peu d’argent en travaillant sur notre champ. En plus ce sont les enfants de certains de nos voisins, alors les écarts de conduite seraient mal venus !
Mon retour en France étant plus proche que prévu, je me consacre en priorité à la plantation et aux semis des arbres, patrimoine de demain, tandis qu’Omer s’attache avec les métayers aux cultures vivrières (en ce moment, gingembre et maïs)
Prochainement, il faudra planter une nouvelle livraison d’ananas, ce qui demande beaucoup de travail : faire les sillons, ajouter le fumier, recouper les rejets abîmés. Ce moi-ci, on en a planté 600 en 4 jours, alors qu’on en a commandé 2000 ! Je crois qu’Omer va devoir finir sans moi, car je pars normalement le 1er juillet pour Lomé en vue de mon retour en France; et on a également en projet de visiter une exploitation de plantes aromatiques à Dénou, un village de Danyi, tout proche de la frontière du Ghana.
A bientôt depuis Lomé !
20 juin 2008
Où en sommes-nous à Danyi ?
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Le terrain: friche sèche sur les hauteurs, et végétation arborée à la fraîcheur de la rivière Danyii, en contrebas.
3 commentaires:
Ton Ami te souhaite la bienvenue
ke devznu la suite de ce projet
Je ne peux pas remercier suffisamment le service de M. Benjamin et faire savoir aux gens à quel point je suis reconnaissant pour toute l'aide que vous et le personnel de votre équipe avez fournie et je me réjouis de recommander des amis et de la famille s'ils ont besoin de conseils ou d'assistance financière @ 1,9% Prêt commercial .Via Contact:. lfdsloans@outlook.com. WhatsApp ... + 19893943740. Continuez votre excellent travail.
Merci, Busarakham.
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