4 juin 2008

Après une longue retraite...

Danyi, Danyi_mille chants d'oiseaux, de criquets et de… cigales !!! Ce n'est pas si dépaysant ! De temps en temps, je m'arrête de travailler pour prêter attention à tout ce petit monde. Les arbres sont malheureusement bien trop hauts, donc difficile d'apercevoir leurs hôtes, quelques envolées par ci par là. J'aurai dû emmener des jumelles. Mes oreilles me rapportent plus d'informations. Que de sons différents et extravagants: l'écho d'une sorte de coucou, plus proche, c'est comme le carillon des horloges d'autrefois, ici et là, le blabla des autres, là-bas dans les maniocs, les perdrix donnent l'alerte, et à la tombée de la nuit, le cri furtif des chauve-souris… "La brousse", comme on dit ici, balayée par les vents, serait bien inquiétante sans ses habitants… même s'il m'est arrivé de sursauter en entendant les sauts d'un écureuil. Il ressemblait aux variétés américaines, à tâches blanches sur les côtés, mais il était beaucoup plus gros. Que de diversité aussi parmi les insectes: des rouges, verts , irrisés, or…
Ce plateau détient encore de très grandes richesses…mais pour combien de temps ? Il ne se passe pas un jour sans que le ronflement d'une tronçonneuse ne vienne perturber cette paisible ambiance. Et ils coupent, ils coupent, mais qui replantent ? et quel est l'avenir de la régénération naturelle dans un pays où l'exploitation de la terre est un moyen de subsistance primordial ? Il reste par-ci, par là, quelques lambeaux de forêts, souvent "sacrées" et donc respectées, lieux privilégiés d'observation de l'écosystème forestier tropical.
J'ai discuté de ce sujet avec un des députés de Danyi (au nombre de 2) en personne (et oui, j'ai des relations !), qui n'est autre que le cousin (le vrai! pas celui du copain, du frère, de la tante…) de la personne qui m'a vendue le terrain. Il a travaillé chez Air Africa, ce qui lui a permis de voyager, de nourrir ainsi une culture personnelle sur l'extérieur. Arrivé à la retraite, il a décidé de s'investir pour son pays, écoeuré de l'immobilisme dans lequel ce dernier est plongé depuis la prise de pouvoir par l'ancien dictateur Eyadema, décédé en 2005, et remplacé par le fils.
Détail important: c'est un député de l'opposition, l'UFC (Union des Forces pour le Changement), car les élections législatives de fin 2007, plus ou moins bien surveillées par des observateurs internationaux, ont permis toutefois la rentrée de l'opposition au sein de l'assemblée. C'est une première !
Il est originaire de Danyi, et bien décidé à remédier au problème du bois pour préserver sa belle région. C'est tellement dommage de couper les piliers du temple pour en faire du vulgaire charbon.Et comme il l'a dit à l'assemblée: "Ce n'est pas possible ! Les gens chez moi coupent tout ce qui bouge !" (rire) _ l'ambiance n'est pas la même qu'à l'Assemblée Nationale Française !
La solution à ses yeux, c'est le gaz; ce qui m'a semblé plutôt saugrenue comme idée! Le Togo n'a pas de gaz, et ce n'est pas une ressource renouvelable, contrairement au bois.
Il s'inspire des politiques des pays voisins, qui auraient apparemment contenu le problème de la déforestation dans leur pays en sensibilisant les foyers à la cuisine au gaz. Au Bénin, ou au Ghana, la bouteille de gaz serait plus économique que le charbon. Le Togo est donc à la traîne ! C'est une idée qui peut être, comme il le dit, une solution transitoire en attendant qu'une gestion forestière se mette sérieusement en place dans tout le pays. Mais comment remotiver ensuite les populations habituées à la facilité du gaz (et nous même, on ne s'engage pas à le faire…quoi qu'avec l'augmentation du prix du gaz ?) pour l'usage du bois ou du charbon? et pourquoi pas des fours solaires, dès maintenant, ou l'électricité solaire, dans ces pays d'Afrique, royaumes du soleil ? Ahhh, l'argent, la politique, le commerce…
A vrai dire, j'ai rencontré ce député pour une toute autre affaire: l'avenir des jeunes du village de Mempassem. L'ancien propriétaire de mon terrain souhaite que je l'aide à trouver des financements pour ces derniers. Beaucoup de jeunes traîneraient, sans avenir:
"_ pour beaucoup d'entre eux, les parents n'ont pas eu les moyens de payer l'écolage (inscription scolaire annuelle). Ils se retrouvent sans ambitions professionnelles, condamnés à soutenir leurs parents. Mais aujourd'hui, beaucoup refusent la vie austère de ces derniers: pas question de trimer au champ ! Ils veulent l'argent "facile" (c'est ce qui se dit ici) ! Ils partent donc en ville et reviennent un beau jour sans le sou, avec des maladies telles que le sida, les jeunes filles enceintes… "
Il a donc créée une association avec d'autres responsables de son village, dans le but de former ses jeunes désoeuvrés: couture, maçonnerie…En cotisant, ils ont réussi à acheter 3 machines à coudre. Maintenant, il fait payer des professionnels pour les formations.
Tous ces problèmes m'on été exposés devant un super bon fufu (plat traditionnel) auquel ils m'avaient conviée. Je m'y étais rendue avec une très grande naïveté, pensant que l'intention n'était que partage et bonté pure.
Souvent au Togo, il y a un intérêt insoupçonné qui vient se greffer aux belles paroles, et surtout quand on est blanc ! Exemple encore d'une conversation sur un marché de frippes hier:
_" Oui, bonjour, svp Madame, juste une question…pour l'échange: est-ce qu'en France, il y a ce genre de marché ? …
3 min + tard:
_"je travaille pour HerbaLife (société de vente de produits diététiques ou de beauté sur internet), vous connaissez ?" ….
2min + tard:
_ "pouvez-vous me donner votre contact"
_"pourquoi faire ?"
_ "comme on ne gagne pas assez avec HerbaLife, on aimerait se développer. Vous pourriez nous trouver d'autres clients en France".
Donc en 5min, je m'étais transformée par je ne sais quel miracle en attachée commerciale, bénévole en plus, alors que ce cher Monsieur avait la chance d'exporter des plantes pour le compte d'une grosse société internationale, qui avait un siège en France, qu'il avait un ordinateur et les moyens de faire lui même les recherches sur internet, ou d'appeler l'extérieur!!! C'est quand même pas culotté ça ?! Elle est où la culture dans tout ça ?!
Et pourquoi un habitant de Mempassem, qui a de la famille à Lyon, et dont le cousin est Député, vient me solliciter ?
Je reste malgré tout souriante, car ils sont par ailleurs bien sympathiques, et je les sais aussi conditionnés par le régime ou encore une complaisance sociale qui les maintient dans des idées reçues, notamment concernant les blancs qu'ils prennent tous pour des Nanabs.
Mais intérieurement je bouillonne. Que pouvais-je dire ? Le fufu porté gouluement à ma bouche, faire "non" de la main gauche ? En leur disant que j'avais d'autres priorités pour le moment, je me suis quand même retrouvée avec ce RDV chez le député, et une prochaine rencontre avec des"filles perdues" du village (certainement très enrichissant), pour comprendre les mécanismes qui les ont entraînées à la rue.
J'ai revue une allemande, Linde, que j'avais rencontrée en Décembre. Elle a séjournée à Elavagno pour du soutien scolaire pour le compte d'une association. Elle était très contente de son expérience, mais elle me disait qu'elle était déçue par l'hypocrisie des relations. En 9 mois, seules trois personnes étaient vraiment devenues de vraies amies. Pour les autres, l'"amitié" n'était qu'intéressée.
Justement, le jour de sa visite, un des métayers que j'avais fait venir durant la semaine pour nous avancer sur le terrain, m'a rendue visite. C'était un Dimanche, après la messe:
_"OOhh, ma sœur ? comment allez-vous ? je passais à côté justement alors je suis venu vous saluer"
_ "c'est gentil, merci, et la matinée ?"
_ "oh bien, bien, on se défend".
Puis plus rien. Il s'éternise devant moi, puis il finit par me dire:
_"je travaille dur, très dur. Je gagne l'argent à la sueur de mon front. Dites-moi, et voilà…vous n'auriez pas"…sur ce, Omer arrive. Moi, n'ayant pas trop compris où il voulait en venir, je lui dis de s'adresser à Omer. Ils parlent ensemble en éwé, moi en français à Linde. Le métayer reste toujours en notre compagnie. Il finit par m'exposer le problème :
_"Là, je suis au village, mais moi, j'habite à la ferme. Aujourd'hui je dois y retourner. C'est à …(? ne me souviens plus du nom du hameau)". Or, je n'ai plus d'argent sur moi pour payer le taxi-moto qui doit m'y emmener. Alors je voulais savoir si vous pouviez me donner 1000 cfa (10f) pour que je puisse rentrer ?".
Evidemment s'ensuit tout un interrogatoire pour comprendre: comment, alors que je l'avais payé cette semaine, et plus que la normale, il était à nouveau dans le besoin ?
_"oui, vous m'avez payé, j'ai eu l'argent, mais mon frère a eu un décès dans sa famille cette semaine et je l'ai aidé financièrement, et aujourd'hui je ne peux plus rentrer chez moi. Moi je ne suis pas un voleur, je gagne l'argent à la sueur…"
J'étais presque à deux doigts de lui donner parce qu'après tout 10f… mais c'était pour le principe.
Linde était bien vindicative avec lui. Selon elle, la somme qu'il demandait était bien trop importante par rapport au trajet. Je me demandais aussi pourquoi Omer ne lui avait rien donné. De fil en aiguille, on lui a fait comprendre qu'il n'obtiendrait rien de plus et que ce n'était pas parce que j'étais une Yovo que je roulais sur l'or, etc… il a fini par s'en aller, et c'est à ce moment seulement (parce qu'au Togo, il ne faut jamais rien dire par devant) qu'Omer m'a informée qu'il avait vu le métayer sortir du bistrot. Pendant ces palabres, deux autres personnes l'attendaient sur la moto pour partir et partager ensuite les frais de transport. Quelques jours après, son frère nous a dit qu'il n'avait jamais reçu d'argent de sa part…
Mes rapports avec les togolais ne sont pas aussi simples que les précédentes fois, lorsque j'étais de "passage" au Togo. Je me disais: "Autant profiter de ces instants hors du commun (pour une française) pour donner ce qu'on peut: du temps, de l'écoute, des dessins, et parfois de l'argent" (évidemment selon les contextes). Mais quand on reste, il y a une forme de lassitude qui s'installe puisqu'on envisage toutes les sollicitations auxquelles on va être confrontées dans l'année. Et puis il y a l'aspect financier: je tente de monter une activité en vivant sur mes économies, et en plus, il faudrait que je subvienne aux besoins des autres ? Par ailleurs, en donnant, on véhicule une fausse idée des blancs. Depuis qu'ils sont tout petits, parents et instituteurs leurs inculquent que les "Yovos" ont l'argent. Et ils ne prennent pas la peine de s'informer sur internet ou dans les journaux de la réalité de la vie en occident , certes plus avantageuse que dans les pays en voie de développement, mais l'argent ne nous tombe pas du ciel ?! C'est pourquoi, cette semaine, à Lomé, je me suis amusée à leur montrer une autre image. Moi aussi, j'ai besoin de gagner de l'argent ! Et je peux le faire en vivant les mêmes difficultés qu'eux. Je suis revenue de Danyi dans l'idée de vendre les produits du terrain: mangues sauvages, avocats, noix de palme; et aussi, par gourmandise, confection de gâteaux.
J'ai vendu un type de produit par jour, à la togolaise, c'est-à-dire sur ma tête, ou bien sur une table; et je criais :
_"Mango tovaleïo !" (je vends des mangues)
_ "maton bio" (5 pour 50 cfa)
_ "mlessa Gâteaux" (vente de gâteau) etc…
Et ça a bien marché (plus du point de vue de l'échange que financièrement). Non pas parce que les produits ou les prix étaient intéressants, mais parce que c'était "la blanche" qui travaillait tout comme eux et qui se mettait à leur portée en leur parlant en éwé(wilé-wilé, un peu, un peu): le monde à l'envers !
Ils disaient: "hein, tssssss , c'est quelle Yovo, ça ?", et quand je leur disais que c'était les produits de mon champ: "Tu as un champ ? gnaoua ? (c'est vrai) ? où ça ? (…) et tu travailles sur ton champ ? Tu fauches, tu laboures ? (…)ohh ! hum, tu es devenue togolaise !" (rire). C'était bien comique ! Pour eux, l'opération est simple: travail physique=travail de noir, et travail de blanc=que travail intellectuel ! Si bien que souvent, les premières rencontres avec les togolais sont gênantes: ils ne nous laisse rien faire ! Pour nous, il faut les zemidjians(taxi-moto): on ne peut pas laisser marcher un blanc ! il faut lui porter ses sacs, le dos du blanc risquerait de se briser, etc…et puis il y a aussi toutes les réminiscences du colonialisme !
Ils ont beaucoup apprécié mes gâteaux à l'ananas, recette que je tiens de mon parrain et que j'ai donc communiqué à pas mal d'entre eux, notamment la boulangère qui me prêtait ses moules et son four. Elle disait: -"è vivintoloooo!!" c'est bien doux !!!
Au champ, les plantations ont avancées. Pas autant que voulu. Tout est toujours plus lent que ce qu'on imagine. Surtout ici.
Pour le champ d'ignames (cf photos), on a fini par faire appel à d'autres métayers, le premier ne daignant pas venir, ou revenir, quand il nous manquait sur le terrain. Au Togo, les ignames sont plantés dans des buttes. Ils y trouvent un sol léger pour se développer. Il est apparu qu'Omer a défriché plus qu'il n'aurait dû, les buttes, au nombre d'une centaine, ne couvrant que le tiers du terrain. Car Omer a l'habitude de la culture mais pas celle des chiffres. Ici tout se mesure en corde: un carré de 12x12m = 144 m². Une corde faisait 25m² dans l'esprit d'Omer, 12mx12m pour les métayers qui se réfèrent à une ficelle de12 m de long. Alors entre les dires des uns et les croyances des autres, on ne s'en sort plus ! bref, on sèmera prochainement sur la partie restante le maïs, l'arachide, et quelques courges au pied des tas de compost. Sur ou entre les buttes, on a semé de l'oignon, de l'arachide, du maïs, des courges, et planté le gingembre. Les courges sont sorties les premières, j'étais trop contente: les premiers fruits visibles de notre travail ! et puis c'est la saison des pluies. Il n'y a pas besoin d'arroser, et tant mieux, parce que descendre à la rivière, aux berges glissantes, remplir l'arrosoir, et ensuite remonter 100 à 300 m pour arroser, c'est fatigant ! et en saison sèche, ce ne sera vraiment pas efficace. J'ai essayé de tester des expériences (cf photos) piochées ici et là dans les bouquins ou sur internet, pour remonter l'eau. Pour le moment, sans succès. J'aimerai rester sur des solutions écologiques. Certains de nos voisins utilisent des moto-pompes mais à essence ou diesel. Je vais essayer de profiter de mon dernier jour sur Lomé pour me renseigner du coût des ces engins, mais il en existe sûrement à énergie solaire. Et si c'est trop cher, ou pas performant, on utilisera une pompe diesel dans laquelle on injectera de l'huile de Jatropha (cf troisième message).
Durant cette semaine, je me suis aussi préoccupée avec mon Ami de France, de l'import de livres au Togo. Car quand je vois comment évoluent les pratiques culturales à Danyi, ça fait peur ! C'est une région où le climat est plus tempéré qu'ailleurs. Ce qui favorise les cultures maraîchères: haricots verts, tomates, aubergines, choux, carottes, salades, etc… mais elles sont plus fragiles que les céréales. Et par facilité, les agriculteurs se mettent à utiliser des pesticides et engrais chimiques, d'autant plus douteux que ce sont les rebuts de l'Europe (certainement des produits désormais interdits). On peut imaginer leur impact. Et les cultures maraîchères sont souvent proches des rivières pour faciliter l'arrosage. Alors, tout part dedans….et ensuite, plus on aval, on arrose avec, on boit, on se lave, etc…Alors qu'ils pourraient faire évoluer leurs pratiques biologiques (par des associations de cultures, l'usage de biopesticides: décoction de feuilles de tabac par exemple), ils préfèrent copier nos erreurs plutôt que d'inventer.
Même les moines de Dzogbégan, qui ont une grande ora à travers tout le plateau, donnent le mauvais exemple. Ils ont un grand domaine qu'ils exploitent par l'agriculture, la sylviculture, et l'élevage. Ils embauchent des villageois alentours, mais leurs présentent des méthodes culturales pas toujours "catholiques". Ils les font désherber aux produits chimiques, et ce, sans gants, ni masques. A Elavagno, j'ai eu l'impression à certains endroits d'être en France: une prolifération d'herbes sauvages sur le chemin, et ils sortent les produits, alors que bananiers et caféiers ont leurs racines toutes proches.
Les livres que je souhaiterai amener traitent justement d'agroécologie à travers le monde tropical, ou encore de médecine traditionnelle à base de plantes, sujets qui concernent directement les populations des milieux ruraux et qui pourraient les sensibiliser aux conséquences de l'usage des intrants chimiques. Mais…j'ai discuté avec un responsable de bibliothèque la semaine dernière qui propose déjà ce type d'ouvrages, et les consultations ne sont pas au rendez-vous. Il me disait que les Togolais n'avaient pas la culture des livres. Ils y pensent quand ils font leurs études, puis une fois qu'ils travaillent, ils abandonnent toute recherche ou tout loisir de lire. A vrai dire, sa bibliothèque n'est pas bien signalée…
Les rythmes de vie n'encouragent pas non plus à lire. Moi même, à Elavagno, je lutte le soir. La fatigue, et le fait qu'il n'y ait pas d'électricité incitent davantage au sommeil ! Et puis en ce qui me concerne, je suis à l'aise avec le français, ce qui n'est pas le cas de la plupart des Togolais. Par exemple, Omer, sans vouloir le discriminer, peut mettre 30mn à lire et comprendre une page, alors dans ces conditions…
Il reste que beaucoup de personnes ont déjà émis le souhait d'acheter les livres qui m'accompagnaient, et ce, au même prix qu'en France, donc ?..
Quoi d'autre ? Je n'ai pas beaucoup parlé du champ. Nous avons aussi investi beaucoup de temps pour une parcelle d'ananas…qui à l'heure actuelle est toujours sans ananas. On a d'abord fait venir des métayers pour défricher, mais à vrai dire il vaudrait mieux les faire venir pour labourer car c'est ce qu'il y a de plus chiant (là j'ai compris les jeunes de Mempassem)! A deux, on a mis 3 jours pour 2 cordes. Il faut dire aussi que je me suis entêtée dans une méthode qui est un peu plus lente. J'ai d'abord essayé la méthode d'Omer qui consiste à ameublir le sol à la petite houx. Premièrement, c'est éreintant; et deuxièmement, on zigouille, avec la lame de la houx, la faune, que je trouve déjà peu présente…par contre les fourmis ! Elles sont partout ! et de toutes sortes ! Dès qu'on se pose quelque part, en moins d'1mn, il y en a déjà une sur nous. C'est impressionnant et exaspérant (pour moi en tout cas; Omer lui, n'y prête même pas attention)! Il y a même une espèce de toutes petites fourmis qui rentrent dans les maisons, par les trous des prises électriques. Elles forment des colonnes jusqu'à leurs cibles: fruits, sucre, biscuits laissés sur la table par mégarde. Au champ, elles sont contraignantes dans la mesure où leurs piqûres peuvent être très désagréables, il vaut mieux changer de place de travail !
Pour le labourage, je me suis rabattue sur une autre méthode apprise à l'école de paysage, celle de notre jardinier pilote. Il suffit de plonger la fourche dans la terre, de la faire pivoter d'avant en arrière pour aérer le sol. Ensuite on la sort et avec son profil, on casse en surface les mottes pour ameublir sans blesser quoi que ce soit, ni retourner le sol. C'est beaucoup plus doux, moins fatigant, mais plus long aussi.
Ensuite, on a perdu beaucoup de temps pour faire venir du fumier que des peuls produisent dans le coin: le frère du chef du village y est allé une première fois pour négocier le prix et la quantité disponible. De retour au village, il a dû trouver un taxi disponible (car ils ne font normalement que des trajets de ville à ville) qui se rendent dans les fins fonds chez les peuls, charger le fumier dans des sacs, puis nous l'amener sur le terrain. Mais voilà, le taxi a crevé, et évidement personne ne s'était échangé les coordonnées (les togolais sont très peu prévoyants). Donc Omer, et le frère du chef l'ont attendu des heures, puis sont revenus au village chercher un autre taxi, qui lui n'était pas disponible dans l'immédiat… donc le fumier est arrivé à notre départ du champ le soir. Et le taxi étant parti, on s'est retrouvé à deux pour transporter et entreposer 14 sacs de 50kg sur la tête, chose impossible, même pour Omer ! c'est dire ! donc il a fallu les vider à moitié, ce qui faisait alors le double de trajet… et pour couronner le tout, un orage a éclaté. Comme les orages de montagnes en France ! Au début, c'est rigolo, après une journée de labeur, c'est rafraîchissant. Mais une fois qu'on est trempé jusqu'aux os, que la pluie et le vent redoublent: ahhglagla !!! et une fois que la nuit tombe, que la foudre s'abat, que les arbres se balancent : maman, j'ai peur ! On s'est changé comme on pouvait (heureusement on avait pris nos K-Way), pris no clics et nos clacs, et on s'est barré !! Mais ce fut encore 45 min de marche de nuit, sous la pluie, trempés. Je garde ce moment éprouvant en mémoire.
Le lendemain, les rejets ananas que devaient nous envoyer un producteur "commerce équitable bio" du plateau ne sont pas arrivés…mercredi, jeudi, vendredi… il nous a même fait déplacer le Dimanche , rien ! là encore, des problèmes de Taxi !! soi-disant ! Les rejets ont fini par arriver le mardi, lorsque moi, j'étais déjà à Lomé, et sans le producteur qui était censé nous conseiller ! celui là, il va m'entendre, et déjà sa réputation est toute faite !
Bref,
sinon poursuite de la pépinière:
Baobab, neem, papaye autre variété, avocat, jacquier , + premières herbacées: petit piment (Atadi pui, hypocholesterolémiant), basilic local (Esru, dont l'huile essentielle est anti-biotique et combat les vers intestinaux), autre basilic local (plagou), tagète locale odorante qui fait fuir les serpents paraît-il et utile contre les nématodes du sol, verveine arbustive (à essayer plus tard en huile essentielle), tomate "trèfle du Togo" (variété locale).
Et plantation d'arbres que l'on avait ramenés du "village-pépiniériste" de Lavié, sur la route de Kpalimé: agrumes (dont les fruits même mûrs restent verts à cause de l'absence de T° "hivernale"), manguiers greffés, et Aloti (arbre cure-dents). Le voisin nous a aussi amené des bananiers. La plupart ont bien supporté la transplantation, seuls les Aloti ont montré quelques brûlures de soleil, peut-être une essence d'ombre qu'il aurait fallu planter dans une friche.
On a aussi commencé à structurer le terrain: emplacement des futurs couloirs de plantation dans la pente, et de leurs largeurs. Je pourrai donc commencer à semer les arbres et arbustes légumineux le long de ces couloirs, futurs cordons qui retiendront l'eau, enrichiront le sol, et le protègeront du soleil.
Voilà, désolée pour ce trop long message, mais c'est qu'il y avait beaucoup de choses à dire ! et mes activités de vente, et autres recherches, ne m'ont pas permis de nombreux passages au cyber. Je retourne à Danyi demain, pour revenir sur Lomé début juillet. J'essaierai de donner de mes nouvelles courant juin, depuis Kpalimé.
De toute façon, on se revoit bientôt puisque je reviens le 8 juillet en France !

1 commentaire:

Brigitte a dit…

Bravo pour tout ce que tu as engagé de courage, de volonté et d'espoir dans cette aventure.
Bravo également pour ton retour.
Tu as tout notre soutien.
Charlotte


Le terrain: friche sèche sur les hauteurs, et végétation arborée à la fraîcheur de la rivière Danyii, en contrebas.