Je profite d’un petit retour à Kpalimé pour donner de nos nouvelles car à Danyi, il n’y a plus de cyber : la connexion était trop mauvaise, alors ils l’ont fermée.
Le trajet vers Danyi s’est bien passé. On a finalement dû louer un taxi : 2 matelas sur le toit, les valises à l’arrière, les boutures et autres dans le coffre, et le mobilier au bout d’une ficelle par-dessus le reste. Donc évidemment le coffre ne fermait pas et on a dû voyager à trois à l’avant (ce qui est de toute façon assez courant ici). J’ai appris une chose en discutant avec un gendarme : si les taxis se font taxer à chaque barrage routier, ce n’est pas de la corruption, mais c’est tout simplement une amende parce qu’ils n’ont pas le droit normalement de transporter plus de 5 personnes. Or on peut parfois se retrouver à 8, et dans des véhicules qui ne sont pas de toute jeunesse. Bref !
A notre arrivée, le chef d’Elavagno était finalement au Ghana pour des funérailles. On a donc été hébergés au sein de sa famille en attendant son retour. Dès le lendemain, nous avons commencé le travail sur le terrain. Comme une bonne partie a été déplumée par un feu de brousse en début d’année, la superficie est beaucoup plus visible…c’est grand ! Je dois avouer que le premier jour, ce fut le désespoir : comment mettre en route, défricher et entretenir cette colline de 2 ha à deux ? D’autant plus qu’avec Omer, les prises de décisions sont difficiles car nous n’avons pas la même façon de travailler, et évidemment, nos voisins que nous avons eu aussi l’occasion de rencontrer, appuient Omer, pour une façon de cultiver « à la Togolaise »… j’ai plutôt tendance à vouloir prendre en compte tout l’ensemble du terrain pour anticiper l’avenir, ce qui demande beaucoup plus de boulot. Omer a plutôt tendance à travailler petit bout par petit bout, en privilégiant les cultures de rente…alors on essaye de concilier les 2 méthodes et chacun apprend de ce que sait l’autre. Cette semaine, l’urgence était pour les ignames (nourriture de base en Afrique, tubercule beaucoup plus gros que la pomme de terre, mais plus doux). On a donc défriché une grande parcelle (surtout Omer, car moi je fais 1/3 de ce que lui est capable de faire en une journée !) et une petite dans un endroit plus humide pour voir la différence. Chacun a déterminé les associations culturales qu’il souhaitait faire avec les ignames. Omer a l’habitude de le faire pousser avec du maïs, et du taro. Ils protègeront le sol du soleil et de l’érosion, et limiteront la pousse des « mauvaises herbes » en attendant le développement de l’igname. Il va ajouter des boutures de manioc, qui prendront le relais une fois les autres cultures arrivées à terme. De mon côté, j’ai peur de l’épuisement du sol (on est dans une pente), et la terre ne me semble pas très riche, alors je préfère associer l’igname à des plantes qui demandent peu de nutriments comme l’arachide, le haricot, l’oignon, à l’exception de la courge et du taro qui couvriront le sol. On verra bien ce qui réussit !
Comme on est en retard, on a fait appel à des métayers pour faire les buttes (dans lesquelles on plante l’igname)…mais ils ne sont pas venus ! donc ce sera maintenant à notre retour pour mercredi, mais pendant ce temps, la terre est à nue, les déchets de friche ayant été utilisés pour faire des tas de compost_ mauvais, mauvais…
Mercredi, le chef d’Elavagno étant de retour, il nous a trouvé une chambre : en fait deux pièces au rez-de-chaussée d’un petit immeuble appartenant à l’un de ses frères. Il tenait absolument à ce qu’on reste au sein de la famille ! Il semble content de notre installation dans son village…et au moins, on est sûr de ne pas avoir d’ennui ! Il nous a offert en guise de bienvenue, des fruits de sa propre production : papaye, et ananas, un régal ! de notre côté, nous lui offrirons une bouteille de Sodabi (Gin local fait à partir de vin de palme fermenté).
La plupart des habitants restent toutefois plus sauvages qu’en ville, dans le sens où ils sont un peu moins chaleureux. Mais en fin de semaine, on commençait à avoir des discussions avec eux. Pour ce qui est des enfants, ils sont toujours aussi intrigués par les Yovos. Il y en a 6 ou 7 dans la cour que l’on partage, qui, dès mon arrivée, étaient prêts à m’aider pour nettoyer la location. Mon seul regret est l’absence de végétation, comme dans la majorité du village d’ailleurs. Les arbres d’Elavagno ont été décimés pour le bois de chauffe et la construction. Tous les samedis, les enfants de nos voisins partent pour aller récolter du bois qui servira pour la cuisine de la semaine…ce qui prend toute une journée car la ressource est de plus en plus loin. Or les anciens s’étaient installés dans ce qui était autrefois une forêt. Ils venaient d’un autre village, appelé Igba, situé un peu plus bas dans la vallée, sans cesse en conflit avec les Atchantis (Ghana). D’où le nom du village d’Elavagno, sorte de nouveau refuge : « ici, ça va aller, avec le temps en s’améliorant ». Aujourd’hui, il est d’ailleurs plus développé et dynamique qu’Igba. Il compte à peu près 2000 habitants.
Sur le terrain, on a aussi commencé une pépinière d’arbres : baobab, rocou (contre les brûlures et colorant rouge), papayer, anarcadier (noix de cajou), anone, et teck indien pour le moment. On complètera ainsi la masse arborée déjà présente sur le bas du terrain: caféiers (qui sont à rajeunir), avocatiers greffés (cultures de rente du plateau avec les ananas), Voacanga africana (vertues médicinales recherchées par les ghanéens), aloti (arbre cure-dents pour les Togolais), manguier, bananiers, et bois d’œuvre : iroko, teck, acajou.
Tout ceci est tout de m^me bien fatiguant. Exemple d’une journée type : levés à 5h00, on se prépare pour la corvée d’eau. L’eau à Danyi est fournie par une pompe qui n’est ouverte qu’entre 5h30 et 6h30. Donc il n’est pas question de faire un peu de grass-mat à moins d’avoir été prévoyant pour plusieurs jours. On se relaye avec Omer. Il prend une bassine et moi un seau, et on ravitaille ainsi la maison en eau pour la vaisselle, la douche, et la consommation. Petit à petit, on va réfléchir à récupérer l’eau de pluie.
La matinée se poursuit avec le petit déjeuner (bouillie de maïs et fruits), la vaisselle, les préparatifs pour la journée. Avant de quitter (vers 8-9h00), on achète de quoi manger pour le midi ( riz, pâte avec leurs sauces, avocats) puis on part vers le terrain, ce qui nous fait quand même une bonne marche de 45 min. On travaille toute la journée, en faisant une pause évidement pour le déjeuner accompagné parfois d’une petite sieste (tout de même !). On part en général à la tombée de la nuit (17h30-18h00), et de même, chemin retour. Et comme la fatigue est bien là, les soirées sont simples et courtes : douche, repas, et dodo vers 21h00-22h00.
Ces quelques jours nécessaires à Kpalimé vont nous requinquer : juste un peu d’argent à prendre, quelques achats, et cyber.
Au programme pour la semaine : poursuite de la pépinière d’arbres et de plantes maraîchères, défrichage d’une autre parcelle en vue d’une plantation d’ananas, et piquetage selon les courbes de niveau pour semer enfin les « cordons » de légumineux sur la hauteur.
Le trajet vers Danyi s’est bien passé. On a finalement dû louer un taxi : 2 matelas sur le toit, les valises à l’arrière, les boutures et autres dans le coffre, et le mobilier au bout d’une ficelle par-dessus le reste. Donc évidemment le coffre ne fermait pas et on a dû voyager à trois à l’avant (ce qui est de toute façon assez courant ici). J’ai appris une chose en discutant avec un gendarme : si les taxis se font taxer à chaque barrage routier, ce n’est pas de la corruption, mais c’est tout simplement une amende parce qu’ils n’ont pas le droit normalement de transporter plus de 5 personnes. Or on peut parfois se retrouver à 8, et dans des véhicules qui ne sont pas de toute jeunesse. Bref !
A notre arrivée, le chef d’Elavagno était finalement au Ghana pour des funérailles. On a donc été hébergés au sein de sa famille en attendant son retour. Dès le lendemain, nous avons commencé le travail sur le terrain. Comme une bonne partie a été déplumée par un feu de brousse en début d’année, la superficie est beaucoup plus visible…c’est grand ! Je dois avouer que le premier jour, ce fut le désespoir : comment mettre en route, défricher et entretenir cette colline de 2 ha à deux ? D’autant plus qu’avec Omer, les prises de décisions sont difficiles car nous n’avons pas la même façon de travailler, et évidemment, nos voisins que nous avons eu aussi l’occasion de rencontrer, appuient Omer, pour une façon de cultiver « à la Togolaise »… j’ai plutôt tendance à vouloir prendre en compte tout l’ensemble du terrain pour anticiper l’avenir, ce qui demande beaucoup plus de boulot. Omer a plutôt tendance à travailler petit bout par petit bout, en privilégiant les cultures de rente…alors on essaye de concilier les 2 méthodes et chacun apprend de ce que sait l’autre. Cette semaine, l’urgence était pour les ignames (nourriture de base en Afrique, tubercule beaucoup plus gros que la pomme de terre, mais plus doux). On a donc défriché une grande parcelle (surtout Omer, car moi je fais 1/3 de ce que lui est capable de faire en une journée !) et une petite dans un endroit plus humide pour voir la différence. Chacun a déterminé les associations culturales qu’il souhaitait faire avec les ignames. Omer a l’habitude de le faire pousser avec du maïs, et du taro. Ils protègeront le sol du soleil et de l’érosion, et limiteront la pousse des « mauvaises herbes » en attendant le développement de l’igname. Il va ajouter des boutures de manioc, qui prendront le relais une fois les autres cultures arrivées à terme. De mon côté, j’ai peur de l’épuisement du sol (on est dans une pente), et la terre ne me semble pas très riche, alors je préfère associer l’igname à des plantes qui demandent peu de nutriments comme l’arachide, le haricot, l’oignon, à l’exception de la courge et du taro qui couvriront le sol. On verra bien ce qui réussit !
Comme on est en retard, on a fait appel à des métayers pour faire les buttes (dans lesquelles on plante l’igname)…mais ils ne sont pas venus ! donc ce sera maintenant à notre retour pour mercredi, mais pendant ce temps, la terre est à nue, les déchets de friche ayant été utilisés pour faire des tas de compost_ mauvais, mauvais…
Mercredi, le chef d’Elavagno étant de retour, il nous a trouvé une chambre : en fait deux pièces au rez-de-chaussée d’un petit immeuble appartenant à l’un de ses frères. Il tenait absolument à ce qu’on reste au sein de la famille ! Il semble content de notre installation dans son village…et au moins, on est sûr de ne pas avoir d’ennui ! Il nous a offert en guise de bienvenue, des fruits de sa propre production : papaye, et ananas, un régal ! de notre côté, nous lui offrirons une bouteille de Sodabi (Gin local fait à partir de vin de palme fermenté).
La plupart des habitants restent toutefois plus sauvages qu’en ville, dans le sens où ils sont un peu moins chaleureux. Mais en fin de semaine, on commençait à avoir des discussions avec eux. Pour ce qui est des enfants, ils sont toujours aussi intrigués par les Yovos. Il y en a 6 ou 7 dans la cour que l’on partage, qui, dès mon arrivée, étaient prêts à m’aider pour nettoyer la location. Mon seul regret est l’absence de végétation, comme dans la majorité du village d’ailleurs. Les arbres d’Elavagno ont été décimés pour le bois de chauffe et la construction. Tous les samedis, les enfants de nos voisins partent pour aller récolter du bois qui servira pour la cuisine de la semaine…ce qui prend toute une journée car la ressource est de plus en plus loin. Or les anciens s’étaient installés dans ce qui était autrefois une forêt. Ils venaient d’un autre village, appelé Igba, situé un peu plus bas dans la vallée, sans cesse en conflit avec les Atchantis (Ghana). D’où le nom du village d’Elavagno, sorte de nouveau refuge : « ici, ça va aller, avec le temps en s’améliorant ». Aujourd’hui, il est d’ailleurs plus développé et dynamique qu’Igba. Il compte à peu près 2000 habitants.
Sur le terrain, on a aussi commencé une pépinière d’arbres : baobab, rocou (contre les brûlures et colorant rouge), papayer, anarcadier (noix de cajou), anone, et teck indien pour le moment. On complètera ainsi la masse arborée déjà présente sur le bas du terrain: caféiers (qui sont à rajeunir), avocatiers greffés (cultures de rente du plateau avec les ananas), Voacanga africana (vertues médicinales recherchées par les ghanéens), aloti (arbre cure-dents pour les Togolais), manguier, bananiers, et bois d’œuvre : iroko, teck, acajou.
Tout ceci est tout de m^me bien fatiguant. Exemple d’une journée type : levés à 5h00, on se prépare pour la corvée d’eau. L’eau à Danyi est fournie par une pompe qui n’est ouverte qu’entre 5h30 et 6h30. Donc il n’est pas question de faire un peu de grass-mat à moins d’avoir été prévoyant pour plusieurs jours. On se relaye avec Omer. Il prend une bassine et moi un seau, et on ravitaille ainsi la maison en eau pour la vaisselle, la douche, et la consommation. Petit à petit, on va réfléchir à récupérer l’eau de pluie.
La matinée se poursuit avec le petit déjeuner (bouillie de maïs et fruits), la vaisselle, les préparatifs pour la journée. Avant de quitter (vers 8-9h00), on achète de quoi manger pour le midi ( riz, pâte avec leurs sauces, avocats) puis on part vers le terrain, ce qui nous fait quand même une bonne marche de 45 min. On travaille toute la journée, en faisant une pause évidement pour le déjeuner accompagné parfois d’une petite sieste (tout de même !). On part en général à la tombée de la nuit (17h30-18h00), et de même, chemin retour. Et comme la fatigue est bien là, les soirées sont simples et courtes : douche, repas, et dodo vers 21h00-22h00.
Ces quelques jours nécessaires à Kpalimé vont nous requinquer : juste un peu d’argent à prendre, quelques achats, et cyber.
Au programme pour la semaine : poursuite de la pépinière d’arbres et de plantes maraîchères, défrichage d’une autre parcelle en vue d’une plantation d’ananas, et piquetage selon les courbes de niveau pour semer enfin les « cordons » de légumineux sur la hauteur.
3 commentaires:
Bonjour Steph yovovi
Juste ce mot pour te dire que c'est super ce que tu vis comme expérience. c'est un autre monde que tu vis. J'apprends beucoup avec toi sur le monde agricole africain
A propos des composts , pourquoi dis tu que c'est mauvais pour la suite, quels risques cela peut induire?
David, France
Bonjour David,
merci pour ton intérêt.
Pour les composts, je voulais dire que comme on avait récupéré les déchets de fauche restés au sol en pensant que les métayers allaient venir le lendemain, le sol se trouvait maintenant sans protection contre le soleil. On a fauché en 2 jours, et par exemple, le 1er jour, on avait tout laissé par terre.En une a-m et une matinée, toute la végétation laissée à terre a complètement séché. Ce qui fait que le 2éme jour, on a tout ramassé, car pour le compost il faut avoir normalement 2/3 de matière sèche et 1/3 de matière fraîche. Mais ici, je ferai plutôt moitié moitié car les pluies pour le moment ne sont pas si abondantes et le soleil tape très fort, donc même entassée, la végétation fraîche peut vite se déshydrater.
j'espère rendre mes messages plus clairs une fois que je pourrai mettre des photos sur ce blog.
à bientôt.
Ici le webmaster du blog en France. J'ai fait un essai de
photos, maintenant tout va bien, les photos du Togo sont pour
bientot !
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