Au village, on commence à se faire de vrais amis. Les enfants des voisins sont toujours aussi curieux : de mes effets, de ma peau, de mes cheveux, et malheureusement envieux ! Si les occidentales visent la beauté des belles mannequins qu’on leur met constamment sous le nez, les togolaises, elles, adulent celle des blanches : la peau claire, les yeux clairs, les longs cheveux…Pourtant je ne vois que des femmes noires sur leurs panneaux publicitaires. On m’a fait observer (surtout dans les villes) les femmes qui se font dépigmenter la peau avec des crèmes. Certes, elles ont le teint plus clair mais aux endroits où la peau est moins tendue (yeux, nez, articulations) le pigment noir persiste et trahit ainsi leur pratique, heureusement assez mal vue ! Et plus tard, pour conséquence, tâches sur la peau et cancers…que de gâchis !
Souvent les enfants profitent des voyages d’Omer à Kpalimé pour satisfaire leur curiosité. « Quand le chat n’est pas là, les souris dansent ! » m’a-t-il dit. Et c’est vrai ! Intrusion dans la chambre, appels intempestifs pour que je sorte au-dehors, séance de tressage, et lessive en commun au marigot.
On s’est aussi rapproché par des démonstrations culturelles : la « yovo » qui danse et chante comme le Togolais, ça fait toujours rire, et ils apprécient qu’on s’ouvre (enfin) à leur culture. Séance également de dessin, pendant la recette de « Papa et Maman Soja ». C’est un couple qui loge un peu plus bas que nous. La dame vend tous les jours du fromage de soja qu’elle fabrique tôt le matin. Ils ont accepté de m’en montrer la fabrication, que j’aimerai tenter en France. Parce qu’autant je n’aime pas trop la consistance caoutchouteuse du Tofu que l’on nous vend en France, autant celle du fromage de soja est douce et onctueuse. Les ingrédients nécessaires risquent par contre d’être difficiles à trouver, mais bon j’essaierai quand même.
Il y a différents modes de consommation de ce fromage que l’on appelle le « Ouangach »: moi je le préfère tout frais, mais au Togo, ils le font frire nature dans de l’huile, ou encore revenir dans des épices en brochette avec de l’oignon.
J’ai fait un présent à la dame pour la remercier de m’avoir divulguer sa recette, et du coup « Papa Soja », dont le véritable nom est Paul, est venu nous aider au champ. C’était le jour des sillons pour le maïs. La terre est rabattue en une sorte de talus continu le long des courbes de niveau puis on y sème le maïs, qu’on associe parfois avec l’arachide ou le haricot (légumineuses), ou encore le mucuna (engrais vert qui permet d’enrichir la terre et d’étouffer les mauvaises herbes qui viendraientt concurrencer la culture).
On a eu aussi la visite du « boutiquier ». Ce n’est pas le seul du village mais comme c’est le plus proche de nous… c’est « LE boutiquier ». Et puis c’est aussi notre informateur : dès qu’on a besoin d’un renseignement, on fait deux pas et on se présente à sa devanture. C’est l’équivalent d’une épicerie de chez nous (en plus petit) : produits de beauté et alimentation, alcools…Le boutiquier ou Emmanuel, est un des frères du chef du village. Il aurait donc pu être chef mais, à ce qu’il m’a dit, comme il est gaucher, les gens ont préféré son frère. Au village, c’est comme nous autrefois, on discrédite les gauchers… Et pourtant, il est très respecté, car il a bien évolué socialement grâce à un belle plantation d’avocatiers greffés (selon les bruits), dont Danyi est devenue LA zone de production au Togo.
Donc tout naturellement, on lui a commandé une trentaine de pieds qu’il a planté avec nous sur le champ. Pour le moment, on les a juste installés dans un trou à la tarière, mais plus tard il faudra les bichonner : labourage sur un m², avec incorporation de fumier. C’est ce qui a fait la réussite de ses avocatiers.
On a également été sur son terrain, pour voir cette fameuse plantation. Elle n’est pas très grande mais bien fournie : association d’avocatiers greffés de différentes variétés, avec des bananiers, Alotis, taro et des caféiers qui ont besoin d’ombre et se portent très bien sous celle des avocatiers. Nous y sommes allés le jour de la cueillette : tous les mardis. Les hommes grimpent dans les arbres pour faire tomber les avocats à l’aide d’un bâton ou en secouant les branches pour ceux situés aux extrémités. Puis les femmes rassemblent les fruits au pieds de l’arbre, les trient et enlèvent les queues. La mise en sac est tout un art : les gros fruits sont placés au fond du sac et au-dessus, les petits et les moyens au milieu. Ainsi, quand l’acheteur arrive, il ne voit que les gros fruits à la surface, et s’il demande à vider le sac, les gros du fond se retrouvent à la surface du tas…malin, malin le commerce ! Le tout est ensuite expédié dans la nuit vers Lomé, au marché d’Hahanoukopé, où acheteur Togolais et Béninois se disputent la marchandise. Mais pas d’export, et c’est dommage, car les variétés d’Emmanuel sont vraiment très bonnes, notamment une dont le fruit est très allongé, au goût de noisette, hummm !
Pour cette journée de travail effectuée, nous avons eu droit à de nombreux avocats, de l’ananas et du « ouagach », fromage local fabriqué par les peuls qui circulent avec leur boeufs dans les parages de son terrain. C‘est un fromage frais, donc le goût est léger, et la texture est un peu caoutchouteuse. On l’a mangé en salade avec nos avocats-noisettes, mais les Togolais l’incorporent plutôt en petits morceaux dans leurs sauces ou encore le font frire avec des épices.
Emmanuel a trouvé qu’on avait un bon terrain, « encore faut-il que vous le valorisiez à l’africaine ! », m’a-il dit. Lors de la visite, Omer lui a parlé de certaines expériences que j’avais faite en m’appuyant sur des techniques, certes dans des livres, mais qui sont des témoignages de pratiques (donc ce n’est pas que de la théorie) existantes dans le monde tropical, dont d’autres pays d’Afrique ! Je remarque malheureusement ici que les gens ne cherchent pas à sortir de leur Togo !! et en plus, ils s’imaginent que ce qu’ils font, c’est ce qui se fait dans toute l’Afrique !! Toujours la même ritournelle qui solutionne tous les problèmes : « ici, c’est l’Afrique ! » .
A ce sujet, le troisième visiteur de ce mois, un autre Emmanuel, du Centre de Développement d’Apéyémé, m’a d’ailleurs précisé que le contexte du plateau était bien particulier : c’est plus isolé, alors les gens sont plus traditionalistes et réfractaires à tout changement…sauf quand ils voient l’argent venir grâce à une culture ou une technique ! Beaucoup vont se mettre à la copier.
Lui aussi trouve que le terrain est bon : l’accès à l’eau est facile grâce à la rivière en contre-bas, un milieu forestier, l’autre ensoleillé( et rocailleux, alors il m’a appuyée à faire les cordons de légumineux), et puis le plateaux, à la terre riche et profonde.
On a aussi trouvé de nouveaux métayers, enfin sérieux ! Ce sont des jeunes du village qui ont fini l’année scolaire et qui apprécient de se faire un peu d’argent en travaillant sur notre champ. En plus ce sont les enfants de certains de nos voisins, alors les écarts de conduite seraient mal venus !
Mon retour en France étant plus proche que prévu, je me consacre en priorité à la plantation et aux semis des arbres, patrimoine de demain, tandis qu’Omer s’attache avec les métayers aux cultures vivrières (en ce moment, gingembre et maïs)
Prochainement, il faudra planter une nouvelle livraison d’ananas, ce qui demande beaucoup de travail : faire les sillons, ajouter le fumier, recouper les rejets abîmés. Ce moi-ci, on en a planté 600 en 4 jours, alors qu’on en a commandé 2000 ! Je crois qu’Omer va devoir finir sans moi, car je pars normalement le 1er juillet pour Lomé en vue de mon retour en France; et on a également en projet de visiter une exploitation de plantes aromatiques à Dénou, un village de Danyi, tout proche de la frontière du Ghana.
A bientôt depuis Lomé !
20 juin 2008
Où en sommes-nous à Danyi ?
4 juin 2008
Après une longue retraite...
Ce plateau détient encore de très grandes richesses…mais pour combien de temps ? Il ne se passe pas un jour sans que le ronflement d'une tronçonneuse ne vienne perturber cette paisible ambiance. Et ils coupent, ils coupent, mais qui replantent ? et quel est l'avenir de la régénération naturelle dans un pays où l'exploitation de la terre est un moyen de subsistance primordial ? Il reste par-ci, par là, quelques lambeaux de forêts, souvent "sacrées" et donc respectées, lieux privilégiés d'observation de l'écosystème forestier tropical.
J'ai discuté de ce sujet avec un des députés de Danyi (au nombre de 2) en personne (et oui, j'ai des relations !), qui n'est autre que le cousin (le vrai! pas celui du copain, du frère, de la tante…) de la personne qui m'a vendue le terrain. Il a travaillé chez Air Africa, ce qui lui a permis de voyager, de nourrir ainsi une culture personnelle sur l'extérieur. Arrivé à la retraite, il a décidé de s'investir pour son pays, écoeuré de l'immobilisme dans lequel ce dernier est plongé depuis la prise de pouvoir par l'ancien dictateur Eyadema, décédé en 2005, et remplacé par le fils.
Détail important: c'est un député de l'opposition, l'UFC (Union des Forces pour le Changement), car les élections législatives de fin 2007, plus ou moins bien surveillées par des observateurs internationaux, ont permis toutefois la rentrée de l'opposition au sein de l'assemblée. C'est une première !
Il est originaire de Danyi, et bien décidé à remédier au problème du bois pour préserver sa belle région. C'est tellement dommage de couper les piliers du temple pour en faire du vulgaire charbon.Et comme il l'a dit à l'assemblée: "Ce n'est pas possible ! Les gens chez moi coupent tout ce qui bouge !" (rire) _ l'ambiance n'est pas la même qu'à l'Assemblée Nationale Française !
La solution à ses yeux, c'est le gaz; ce qui m'a semblé plutôt saugrenue comme idée! Le Togo n'a pas de gaz, et ce n'est pas une ressource renouvelable, contrairement au bois.
Il s'inspire des politiques des pays voisins, qui auraient apparemment contenu le problème de la déforestation dans leur pays en sensibilisant les foyers à la cuisine au gaz. Au Bénin, ou au Ghana, la bouteille de gaz serait plus économique que le charbon. Le Togo est donc à la traîne ! C'est une idée qui peut être, comme il le dit, une solution transitoire en attendant qu'une gestion forestière se mette sérieusement en place dans tout le pays. Mais comment remotiver ensuite les populations habituées à la facilité du gaz (et nous même, on ne s'engage pas à le faire…quoi qu'avec l'augmentation du prix du gaz ?) pour l'usage du bois ou du charbon? et pourquoi pas des fours solaires, dès maintenant, ou l'électricité solaire, dans ces pays d'Afrique, royaumes du soleil ? Ahhh, l'argent, la politique, le commerce…
A vrai dire, j'ai rencontré ce député pour une toute autre affaire: l'avenir des jeunes du village de Mempassem. L'ancien propriétaire de mon terrain souhaite que je l'aide à trouver des financements pour ces derniers. Beaucoup de jeunes traîneraient, sans avenir:
"_ pour beaucoup d'entre eux, les parents n'ont pas eu les moyens de payer l'écolage (inscription scolaire annuelle). Ils se retrouvent sans ambitions professionnelles, condamnés à soutenir leurs parents. Mais aujourd'hui, beaucoup refusent la vie austère de ces derniers: pas question de trimer au champ ! Ils veulent l'argent "facile" (c'est ce qui se dit ici) ! Ils partent donc en ville et reviennent un beau jour sans le sou, avec des maladies telles que le sida, les jeunes filles enceintes… "
Il a donc créée une association avec d'autres responsables de son village, dans le but de former ses jeunes désoeuvrés: couture, maçonnerie…En cotisant, ils ont réussi à acheter 3 machines à coudre. Maintenant, il fait payer des professionnels pour les formations.
Tous ces problèmes m'on été exposés devant un super bon fufu (plat traditionnel) auquel ils m'avaient conviée. Je m'y étais rendue avec une très grande naïveté, pensant que l'intention n'était que partage et bonté pure.
Souvent au Togo, il y a un intérêt insoupçonné qui vient se greffer aux belles paroles, et surtout quand on est blanc ! Exemple encore d'une conversation sur un marché de frippes hier:
_" Oui, bonjour, svp Madame, juste une question…pour l'échange: est-ce qu'en France, il y a ce genre de marché ? …
3 min + tard:
_"je travaille pour HerbaLife (société de vente de produits diététiques ou de beauté sur internet), vous connaissez ?" ….
2min + tard:
_ "pouvez-vous me donner votre contact"
_"pourquoi faire ?"
_ "comme on ne gagne pas assez avec HerbaLife, on aimerait se développer. Vous pourriez nous trouver d'autres clients en France".
Donc en 5min, je m'étais transformée par je ne sais quel miracle en attachée commerciale, bénévole en plus, alors que ce cher Monsieur avait la chance d'exporter des plantes pour le compte d'une grosse société internationale, qui avait un siège en France, qu'il avait un ordinateur et les moyens de faire lui même les recherches sur internet, ou d'appeler l'extérieur!!! C'est quand même pas culotté ça ?! Elle est où la culture dans tout ça ?!
Et pourquoi un habitant de Mempassem, qui a de la famille à Lyon, et dont le cousin est Député, vient me solliciter ?
Je reste malgré tout souriante, car ils sont par ailleurs bien sympathiques, et je les sais aussi conditionnés par le régime ou encore une complaisance sociale qui les maintient dans des idées reçues, notamment concernant les blancs qu'ils prennent tous pour des Nanabs.
Mais intérieurement je bouillonne. Que pouvais-je dire ? Le fufu porté gouluement à ma bouche, faire "non" de la main gauche ? En leur disant que j'avais d'autres priorités pour le moment, je me suis quand même retrouvée avec ce RDV chez le député, et une prochaine rencontre avec des"filles perdues" du village (certainement très enrichissant), pour comprendre les mécanismes qui les ont entraînées à la rue.
J'ai revue une allemande, Linde, que j'avais rencontrée en Décembre. Elle a séjournée à Elavagno pour du soutien scolaire pour le compte d'une association. Elle était très contente de son expérience, mais elle me disait qu'elle était déçue par l'hypocrisie des relations. En 9 mois, seules trois personnes étaient vraiment devenues de vraies amies. Pour les autres, l'"amitié" n'était qu'intéressée.
Justement, le jour de sa visite, un des métayers que j'avais fait venir durant la semaine pour nous avancer sur le terrain, m'a rendue visite. C'était un Dimanche, après la messe:
_"OOhh, ma sœur ? comment allez-vous ? je passais à côté justement alors je suis venu vous saluer"
_ "c'est gentil, merci, et la matinée ?"
_ "oh bien, bien, on se défend".
Puis plus rien. Il s'éternise devant moi, puis il finit par me dire:
_"je travaille dur, très dur. Je gagne l'argent à la sueur de mon front. Dites-moi, et voilà…vous n'auriez pas"…sur ce, Omer arrive. Moi, n'ayant pas trop compris où il voulait en venir, je lui dis de s'adresser à Omer. Ils parlent ensemble en éwé, moi en français à Linde. Le métayer reste toujours en notre compagnie. Il finit par m'exposer le problème :
_"Là, je suis au village, mais moi, j'habite à la ferme. Aujourd'hui je dois y retourner. C'est à …(? ne me souviens plus du nom du hameau)". Or, je n'ai plus d'argent sur moi pour payer le taxi-moto qui doit m'y emmener. Alors je voulais savoir si vous pouviez me donner 1000 cfa (10f) pour que je puisse rentrer ?".
Evidemment s'ensuit tout un interrogatoire pour comprendre: comment, alors que je l'avais payé cette semaine, et plus que la normale, il était à nouveau dans le besoin ?
_"oui, vous m'avez payé, j'ai eu l'argent, mais mon frère a eu un décès dans sa famille cette semaine et je l'ai aidé financièrement, et aujourd'hui je ne peux plus rentrer chez moi. Moi je ne suis pas un voleur, je gagne l'argent à la sueur…"
J'étais presque à deux doigts de lui donner parce qu'après tout 10f… mais c'était pour le principe.
Linde était bien vindicative avec lui. Selon elle, la somme qu'il demandait était bien trop importante par rapport au trajet. Je me demandais aussi pourquoi Omer ne lui avait rien donné. De fil en aiguille, on lui a fait comprendre qu'il n'obtiendrait rien de plus et que ce n'était pas parce que j'étais une Yovo que je roulais sur l'or, etc… il a fini par s'en aller, et c'est à ce moment seulement (parce qu'au Togo, il ne faut jamais rien dire par devant) qu'Omer m'a informée qu'il avait vu le métayer sortir du bistrot. Pendant ces palabres, deux autres personnes l'attendaient sur la moto pour partir et partager ensuite les frais de transport. Quelques jours après, son frère nous a dit qu'il n'avait jamais reçu d'argent de sa part…
Mes rapports avec les togolais ne sont pas aussi simples que les précédentes fois, lorsque j'étais de "passage" au Togo. Je me disais: "Autant profiter de ces instants hors du commun (pour une française) pour donner ce qu'on peut: du temps, de l'écoute, des dessins, et parfois de l'argent" (évidemment selon les contextes). Mais quand on reste, il y a une forme de lassitude qui s'installe puisqu'on envisage toutes les sollicitations auxquelles on va être confrontées dans l'année. Et puis il y a l'aspect financier: je tente de monter une activité en vivant sur mes économies, et en plus, il faudrait que je subvienne aux besoins des autres ? Par ailleurs, en donnant, on véhicule une fausse idée des blancs. Depuis qu'ils sont tout petits, parents et instituteurs leurs inculquent que les "Yovos" ont l'argent. Et ils ne prennent pas la peine de s'informer sur internet ou dans les journaux de la réalité de la vie en occident , certes plus avantageuse que dans les pays en voie de développement, mais l'argent ne nous tombe pas du ciel ?! C'est pourquoi, cette semaine, à Lomé, je me suis amusée à leur montrer une autre image. Moi aussi, j'ai besoin de gagner de l'argent ! Et je peux le faire en vivant les mêmes difficultés qu'eux. Je suis revenue de Danyi dans l'idée de vendre les produits du terrain: mangues sauvages, avocats, noix de palme; et aussi, par gourmandise, confection de gâteaux.
J'ai vendu un type de produit par jour, à la togolaise, c'est-à-dire sur ma tête, ou bien sur une table; et je criais :
_"Mango tovaleïo !" (je vends des mangues)
_ "maton bio" (5 pour 50 cfa)
_ "mlessa Gâteaux" (vente de gâteau) etc…
Et ça a bien marché (plus du point de vue de l'échange que financièrement). Non pas parce que les produits ou les prix étaient intéressants, mais parce que c'était "la blanche" qui travaillait tout comme eux et qui se mettait à leur portée en leur parlant en éwé(wilé-wilé, un peu, un peu): le monde à l'envers !
Ils disaient: "hein, tssssss , c'est quelle Yovo, ça ?", et quand je leur disais que c'était les produits de mon champ: "Tu as un champ ? gnaoua ? (c'est vrai) ? où ça ? (…) et tu travailles sur ton champ ? Tu fauches, tu laboures ? (…)ohh ! hum, tu es devenue togolaise !" (rire). C'était bien comique ! Pour eux, l'opération est simple: travail physique=travail de noir, et travail de blanc=que travail intellectuel ! Si bien que souvent, les premières rencontres avec les togolais sont gênantes: ils ne nous laisse rien faire ! Pour nous, il faut les zemidjians(taxi-moto): on ne peut pas laisser marcher un blanc ! il faut lui porter ses sacs, le dos du blanc risquerait de se briser, etc…et puis il y a aussi toutes les réminiscences du colonialisme !
Ils ont beaucoup apprécié mes gâteaux à l'ananas, recette que je tiens de mon parrain et que j'ai donc communiqué à pas mal d'entre eux, notamment la boulangère qui me prêtait ses moules et son four. Elle disait: -"è vivintoloooo!!" c'est bien doux !!!
Au champ, les plantations ont avancées. Pas autant que voulu. Tout est toujours plus lent que ce qu'on imagine. Surtout ici.
Pour le champ d'ignames (cf photos), on a fini par faire appel à d'autres métayers, le premier ne daignant pas venir, ou revenir, quand il nous manquait sur le terrain. Au Togo, les ignames sont plantés dans des buttes. Ils y trouvent un sol léger pour se développer. Il est apparu qu'Omer a défriché plus qu'il n'aurait dû, les buttes, au nombre d'une centaine, ne couvrant que le tiers du terrain. Car Omer a l'habitude de la culture mais pas celle des chiffres. Ici tout se mesure en corde: un carré de 12x12m = 144 m². Une corde faisait 25m² dans l'esprit d'Omer, 12mx12m pour les métayers qui se réfèrent à une ficelle de12 m de long. Alors entre les dires des uns et les croyances des autres, on ne s'en sort plus ! bref, on sèmera prochainement sur la partie restante le maïs, l'arachide, et quelques courges au pied des tas de compost. Sur ou entre les buttes, on a semé de l'oignon, de l'arachide, du maïs, des courges, et planté le gingembre. Les courges sont sorties les premières, j'étais trop contente: les premiers fruits visibles de notre travail ! et puis c'est la saison des pluies. Il n'y a pas besoin d'arroser, et tant mieux, parce que descendre à la rivière, aux berges glissantes, remplir l'arrosoir, et ensuite remonter 100 à 300 m pour arroser, c'est fatigant ! et en saison sèche, ce ne sera vraiment pas efficace. J'ai essayé de tester des expériences (cf photos) piochées ici et là dans les bouquins ou sur internet, pour remonter l'eau. Pour le moment, sans succès. J'aimerai rester sur des solutions écologiques. Certains de nos voisins utilisent des moto-pompes mais à essence ou diesel. Je vais essayer de profiter de mon dernier jour sur Lomé pour me renseigner du coût des ces engins, mais il en existe sûrement à énergie solaire. Et si c'est trop cher, ou pas performant, on utilisera une pompe diesel dans laquelle on injectera de l'huile de Jatropha (cf troisième message).
Durant cette semaine, je me suis aussi préoccupée avec mon Ami de France, de l'import de livres au Togo. Car quand je vois comment évoluent les pratiques culturales à Danyi, ça fait peur ! C'est une région où le climat est plus tempéré qu'ailleurs. Ce qui favorise les cultures maraîchères: haricots verts, tomates, aubergines, choux, carottes, salades, etc… mais elles sont plus fragiles que les céréales. Et par facilité, les agriculteurs se mettent à utiliser des pesticides et engrais chimiques, d'autant plus douteux que ce sont les rebuts de l'Europe (certainement des produits désormais interdits). On peut imaginer leur impact. Et les cultures maraîchères sont souvent proches des rivières pour faciliter l'arrosage. Alors, tout part dedans….et ensuite, plus on aval, on arrose avec, on boit, on se lave, etc…Alors qu'ils pourraient faire évoluer leurs pratiques biologiques (par des associations de cultures, l'usage de biopesticides: décoction de feuilles de tabac par exemple), ils préfèrent copier nos erreurs plutôt que d'inventer.
Même les moines de Dzogbégan, qui ont une grande ora à travers tout le plateau, donnent le mauvais exemple. Ils ont un grand domaine qu'ils exploitent par l'agriculture, la sylviculture, et l'élevage. Ils embauchent des villageois alentours, mais leurs présentent des méthodes culturales pas toujours "catholiques". Ils les font désherber aux produits chimiques, et ce, sans gants, ni masques. A Elavagno, j'ai eu l'impression à certains endroits d'être en France: une prolifération d'herbes sauvages sur le chemin, et ils sortent les produits, alors que bananiers et caféiers ont leurs racines toutes proches.
Les livres que je souhaiterai amener traitent justement d'agroécologie à travers le monde tropical, ou encore de médecine traditionnelle à base de plantes, sujets qui concernent directement les populations des milieux ruraux et qui pourraient les sensibiliser aux conséquences de l'usage des intrants chimiques. Mais…j'ai discuté avec un responsable de bibliothèque la semaine dernière qui propose déjà ce type d'ouvrages, et les consultations ne sont pas au rendez-vous. Il me disait que les Togolais n'avaient pas la culture des livres. Ils y pensent quand ils font leurs études, puis une fois qu'ils travaillent, ils abandonnent toute recherche ou tout loisir de lire. A vrai dire, sa bibliothèque n'est pas bien signalée…
Les rythmes de vie n'encouragent pas non plus à lire. Moi même, à Elavagno, je lutte le soir. La fatigue, et le fait qu'il n'y ait pas d'électricité incitent davantage au sommeil ! Et puis en ce qui me concerne, je suis à l'aise avec le français, ce qui n'est pas le cas de la plupart des Togolais. Par exemple, Omer, sans vouloir le discriminer, peut mettre 30mn à lire et comprendre une page, alors dans ces conditions…
Il reste que beaucoup de personnes ont déjà émis le souhait d'acheter les livres qui m'accompagnaient, et ce, au même prix qu'en France, donc ?..
Quoi d'autre ? Je n'ai pas beaucoup parlé du champ. Nous avons aussi investi beaucoup de temps pour une parcelle d'ananas…qui à l'heure actuelle est toujours sans ananas. On a d'abord fait venir des métayers pour défricher, mais à vrai dire il vaudrait mieux les faire venir pour labourer car c'est ce qu'il y a de plus chiant (là j'ai compris les jeunes de Mempassem)! A deux, on a mis 3 jours pour 2 cordes. Il faut dire aussi que je me suis entêtée dans une méthode qui est un peu plus lente. J'ai d'abord essayé la méthode d'Omer qui consiste à ameublir le sol à la petite houx. Premièrement, c'est éreintant; et deuxièmement, on zigouille, avec la lame de la houx, la faune, que je trouve déjà peu présente…par contre les fourmis ! Elles sont partout ! et de toutes sortes ! Dès qu'on se pose quelque part, en moins d'1mn, il y en a déjà une sur nous. C'est impressionnant et exaspérant (pour moi en tout cas; Omer lui, n'y prête même pas attention)! Il y a même une espèce de toutes petites fourmis qui rentrent dans les maisons, par les trous des prises électriques. Elles forment des colonnes jusqu'à leurs cibles: fruits, sucre, biscuits laissés sur la table par mégarde. Au champ, elles sont contraignantes dans la mesure où leurs piqûres peuvent être très désagréables, il vaut mieux changer de place de travail !
Pour le labourage, je me suis rabattue sur une autre méthode apprise à l'école de paysage, celle de notre jardinier pilote. Il suffit de plonger la fourche dans la terre, de la faire pivoter d'avant en arrière pour aérer le sol. Ensuite on la sort et avec son profil, on casse en surface les mottes pour ameublir sans blesser quoi que ce soit, ni retourner le sol. C'est beaucoup plus doux, moins fatigant, mais plus long aussi.
Ensuite, on a perdu beaucoup de temps pour faire venir du fumier que des peuls produisent dans le coin: le frère du chef du village y est allé une première fois pour négocier le prix et la quantité disponible. De retour au village, il a dû trouver un taxi disponible (car ils ne font normalement que des trajets de ville à ville) qui se rendent dans les fins fonds chez les peuls, charger le fumier dans des sacs, puis nous l'amener sur le terrain. Mais voilà, le taxi a crevé, et évidement personne ne s'était échangé les coordonnées (les togolais sont très peu prévoyants). Donc Omer, et le frère du chef l'ont attendu des heures, puis sont revenus au village chercher un autre taxi, qui lui n'était pas disponible dans l'immédiat… donc le fumier est arrivé à notre départ du champ le soir. Et le taxi étant parti, on s'est retrouvé à deux pour transporter et entreposer 14 sacs de 50kg sur la tête, chose impossible, même pour Omer ! c'est dire ! donc il a fallu les vider à moitié, ce qui faisait alors le double de trajet… et pour couronner le tout, un orage a éclaté. Comme les orages de montagnes en France ! Au début, c'est rigolo, après une journée de labeur, c'est rafraîchissant. Mais une fois qu'on est trempé jusqu'aux os, que la pluie et le vent redoublent: ahhglagla !!! et une fois que la nuit tombe, que la foudre s'abat, que les arbres se balancent : maman, j'ai peur ! On s'est changé comme on pouvait (heureusement on avait pris nos K-Way), pris no clics et nos clacs, et on s'est barré !! Mais ce fut encore 45 min de marche de nuit, sous la pluie, trempés. Je garde ce moment éprouvant en mémoire.
Le lendemain, les rejets ananas que devaient nous envoyer un producteur "commerce équitable bio" du plateau ne sont pas arrivés…mercredi, jeudi, vendredi… il nous a même fait déplacer le Dimanche , rien ! là encore, des problèmes de Taxi !! soi-disant ! Les rejets ont fini par arriver le mardi, lorsque moi, j'étais déjà à Lomé, et sans le producteur qui était censé nous conseiller ! celui là, il va m'entendre, et déjà sa réputation est toute faite !
Bref,
sinon poursuite de la pépinière:
Baobab, neem, papaye autre variété, avocat, jacquier , + premières herbacées: petit piment (Atadi pui, hypocholesterolémiant), basilic local (Esru, dont l'huile essentielle est anti-biotique et combat les vers intestinaux), autre basilic local (plagou), tagète locale odorante qui fait fuir les serpents paraît-il et utile contre les nématodes du sol, verveine arbustive (à essayer plus tard en huile essentielle), tomate "trèfle du Togo" (variété locale).
Et plantation d'arbres que l'on avait ramenés du "village-pépiniériste" de Lavié, sur la route de Kpalimé: agrumes (dont les fruits même mûrs restent verts à cause de l'absence de T° "hivernale"), manguiers greffés, et Aloti (arbre cure-dents). Le voisin nous a aussi amené des bananiers. La plupart ont bien supporté la transplantation, seuls les Aloti ont montré quelques brûlures de soleil, peut-être une essence d'ombre qu'il aurait fallu planter dans une friche.
On a aussi commencé à structurer le terrain: emplacement des futurs couloirs de plantation dans la pente, et de leurs largeurs. Je pourrai donc commencer à semer les arbres et arbustes légumineux le long de ces couloirs, futurs cordons qui retiendront l'eau, enrichiront le sol, et le protègeront du soleil.
Voilà, désolée pour ce trop long message, mais c'est qu'il y avait beaucoup de choses à dire ! et mes activités de vente, et autres recherches, ne m'ont pas permis de nombreux passages au cyber. Je retourne à Danyi demain, pour revenir sur Lomé début juillet. J'essaierai de donner de mes nouvelles courant juin, depuis Kpalimé.
De toute façon, on se revoit bientôt puisque je reviens le 8 juillet en France !
12 mai 2008
Les débuts à Elavagno
Le trajet vers Danyi s’est bien passé. On a finalement dû louer un taxi : 2 matelas sur le toit, les valises à l’arrière, les boutures et autres dans le coffre, et le mobilier au bout d’une ficelle par-dessus le reste. Donc évidemment le coffre ne fermait pas et on a dû voyager à trois à l’avant (ce qui est de toute façon assez courant ici). J’ai appris une chose en discutant avec un gendarme : si les taxis se font taxer à chaque barrage routier, ce n’est pas de la corruption, mais c’est tout simplement une amende parce qu’ils n’ont pas le droit normalement de transporter plus de 5 personnes. Or on peut parfois se retrouver à 8, et dans des véhicules qui ne sont pas de toute jeunesse. Bref !
A notre arrivée, le chef d’Elavagno était finalement au Ghana pour des funérailles. On a donc été hébergés au sein de sa famille en attendant son retour. Dès le lendemain, nous avons commencé le travail sur le terrain. Comme une bonne partie a été déplumée par un feu de brousse en début d’année, la superficie est beaucoup plus visible…c’est grand ! Je dois avouer que le premier jour, ce fut le désespoir : comment mettre en route, défricher et entretenir cette colline de 2 ha à deux ? D’autant plus qu’avec Omer, les prises de décisions sont difficiles car nous n’avons pas la même façon de travailler, et évidemment, nos voisins que nous avons eu aussi l’occasion de rencontrer, appuient Omer, pour une façon de cultiver « à la Togolaise »… j’ai plutôt tendance à vouloir prendre en compte tout l’ensemble du terrain pour anticiper l’avenir, ce qui demande beaucoup plus de boulot. Omer a plutôt tendance à travailler petit bout par petit bout, en privilégiant les cultures de rente…alors on essaye de concilier les 2 méthodes et chacun apprend de ce que sait l’autre. Cette semaine, l’urgence était pour les ignames (nourriture de base en Afrique, tubercule beaucoup plus gros que la pomme de terre, mais plus doux). On a donc défriché une grande parcelle (surtout Omer, car moi je fais 1/3 de ce que lui est capable de faire en une journée !) et une petite dans un endroit plus humide pour voir la différence. Chacun a déterminé les associations culturales qu’il souhaitait faire avec les ignames. Omer a l’habitude de le faire pousser avec du maïs, et du taro. Ils protègeront le sol du soleil et de l’érosion, et limiteront la pousse des « mauvaises herbes » en attendant le développement de l’igname. Il va ajouter des boutures de manioc, qui prendront le relais une fois les autres cultures arrivées à terme. De mon côté, j’ai peur de l’épuisement du sol (on est dans une pente), et la terre ne me semble pas très riche, alors je préfère associer l’igname à des plantes qui demandent peu de nutriments comme l’arachide, le haricot, l’oignon, à l’exception de la courge et du taro qui couvriront le sol. On verra bien ce qui réussit !
Comme on est en retard, on a fait appel à des métayers pour faire les buttes (dans lesquelles on plante l’igname)…mais ils ne sont pas venus ! donc ce sera maintenant à notre retour pour mercredi, mais pendant ce temps, la terre est à nue, les déchets de friche ayant été utilisés pour faire des tas de compost_ mauvais, mauvais…
Mercredi, le chef d’Elavagno étant de retour, il nous a trouvé une chambre : en fait deux pièces au rez-de-chaussée d’un petit immeuble appartenant à l’un de ses frères. Il tenait absolument à ce qu’on reste au sein de la famille ! Il semble content de notre installation dans son village…et au moins, on est sûr de ne pas avoir d’ennui ! Il nous a offert en guise de bienvenue, des fruits de sa propre production : papaye, et ananas, un régal ! de notre côté, nous lui offrirons une bouteille de Sodabi (Gin local fait à partir de vin de palme fermenté).
La plupart des habitants restent toutefois plus sauvages qu’en ville, dans le sens où ils sont un peu moins chaleureux. Mais en fin de semaine, on commençait à avoir des discussions avec eux. Pour ce qui est des enfants, ils sont toujours aussi intrigués par les Yovos. Il y en a 6 ou 7 dans la cour que l’on partage, qui, dès mon arrivée, étaient prêts à m’aider pour nettoyer la location. Mon seul regret est l’absence de végétation, comme dans la majorité du village d’ailleurs. Les arbres d’Elavagno ont été décimés pour le bois de chauffe et la construction. Tous les samedis, les enfants de nos voisins partent pour aller récolter du bois qui servira pour la cuisine de la semaine…ce qui prend toute une journée car la ressource est de plus en plus loin. Or les anciens s’étaient installés dans ce qui était autrefois une forêt. Ils venaient d’un autre village, appelé Igba, situé un peu plus bas dans la vallée, sans cesse en conflit avec les Atchantis (Ghana). D’où le nom du village d’Elavagno, sorte de nouveau refuge : « ici, ça va aller, avec le temps en s’améliorant ». Aujourd’hui, il est d’ailleurs plus développé et dynamique qu’Igba. Il compte à peu près 2000 habitants.
Sur le terrain, on a aussi commencé une pépinière d’arbres : baobab, rocou (contre les brûlures et colorant rouge), papayer, anarcadier (noix de cajou), anone, et teck indien pour le moment. On complètera ainsi la masse arborée déjà présente sur le bas du terrain: caféiers (qui sont à rajeunir), avocatiers greffés (cultures de rente du plateau avec les ananas), Voacanga africana (vertues médicinales recherchées par les ghanéens), aloti (arbre cure-dents pour les Togolais), manguier, bananiers, et bois d’œuvre : iroko, teck, acajou.
Tout ceci est tout de m^me bien fatiguant. Exemple d’une journée type : levés à 5h00, on se prépare pour la corvée d’eau. L’eau à Danyi est fournie par une pompe qui n’est ouverte qu’entre 5h30 et 6h30. Donc il n’est pas question de faire un peu de grass-mat à moins d’avoir été prévoyant pour plusieurs jours. On se relaye avec Omer. Il prend une bassine et moi un seau, et on ravitaille ainsi la maison en eau pour la vaisselle, la douche, et la consommation. Petit à petit, on va réfléchir à récupérer l’eau de pluie.
La matinée se poursuit avec le petit déjeuner (bouillie de maïs et fruits), la vaisselle, les préparatifs pour la journée. Avant de quitter (vers 8-9h00), on achète de quoi manger pour le midi ( riz, pâte avec leurs sauces, avocats) puis on part vers le terrain, ce qui nous fait quand même une bonne marche de 45 min. On travaille toute la journée, en faisant une pause évidement pour le déjeuner accompagné parfois d’une petite sieste (tout de même !). On part en général à la tombée de la nuit (17h30-18h00), et de même, chemin retour. Et comme la fatigue est bien là, les soirées sont simples et courtes : douche, repas, et dodo vers 21h00-22h00.
Ces quelques jours nécessaires à Kpalimé vont nous requinquer : juste un peu d’argent à prendre, quelques achats, et cyber.
Au programme pour la semaine : poursuite de la pépinière d’arbres et de plantes maraîchères, défrichage d’une autre parcelle en vue d’une plantation d’ananas, et piquetage selon les courbes de niveau pour semer enfin les « cordons » de légumineux sur la hauteur.
2 mai 2008
Les choses sérieuses vont enfin commencer !
Départ demain pour le plateau de Danyii, à Elavagno. Nous serons reçus par le chef du village qui va nus héberger le temps que nous trouvions une ou deux pièces à louer sur place.
Dimanche, nous visiterons le terrain, et nous établirons un planning sur la chronologie des travaux à effectuer; si bien que lundi, nous devrions commencer à défricher.
Mais il y a d’abord ce trajet à faire qui promet d’être houleux, car nous avons beaucoup de bagages et un arrêt à faire en cours de route, si bien qu’on va sûrement être obligés de louer un taxi-brousse.
Louer : c’est à dire qu’au lieu que le taxi trouve son compte en transportant 5 ou 10 personnes, il va devoir le trouver qu’avec nous deux. Donc on va devoir rallonger le prix du transport.
Nous avons chacun nos affaires personnelles, plus des outils pour travailler la terre, plus le matériel dont on a besoin pour vivre sur place (matelas, casseroles, couverts…), plus les graines et tubercules que l’on a accumulés jusqu’à maintenant en vue de leur plantation au mois de mai.
Pour les cultures vivrières, nous avons :
Des tubercules de taro, igname ; des graines d’ arachide, maïs, voandzou (haricot), et des boutures de manioc.
+ des graines d’arbres fruitiers : avocatiers, papayers, orangers, manguiers. Nous nous arrêterons à Lavié, village situé sur la route et producteur de plants de manguiers greffés entre autres.
Puis nous avons aussi à transporter toutes les graines de plantes et arbustes annexes (légumineuses, insecticides, médicinales…) :
Moringa, neem, Leucaena, Jatropha, Mucuna, Calotropis procera (contre les criquets et les peuls s’en servent aussi pour précipiter le lait de leurs vaches lors de la fabrication de leur fromage qu’on appelle « Ouagasch »), rejets d’ Aloès….
Nous aurons encore à chercher sur place des tubercules de patate douce, des rejets d’ananas (il y a un groupement de commerce équitable Bio sur le plateau qui en exporte, notamment vers la France), rejets de bananiers, graines de gombo et basilics, plants de goyaviers (poussent spontanément), citronelle (limon-grass)…
Cette semaine, j’ai fait plusieurs rencontres intéressantes.
Un artiste-sculpteur dénommé Momo, que j’avais déjà croisé en 2007. J’avais à l’époque déclinée son invitation pour assister à le répétition de son groupe de musique. Alors cette fois, je me suis dit que je ne pouvais plus refuser. J’y suis allée avec Omer, qui les connaissait lui aussi. Ils jouent souvent dans les bars de la ville. Ce soir là, ils n’ont joué que du djembé, mais c’était déjà très impressionnant. Ils étaient à trois et se relayaient de temps en temps . Il y en a un qui donne un premier rythme, et puis un deuxième se greffe là-dessus et encore un troisième. Le premier va ensuite orchestrer des changements avec lesquels les autres devront composer ; tout n’est que qu’improvisation. J’ai déjà vu des gens jouer du djembé en France, mais ces Togolais-là ils allaient vraiment très très vite ! Ce soir ils se représentent de nouveau avec des danses-comédies sur leur musique, je vous raconterai.
J’ai rencontré également un tradi-thérapeute de Kpalimé, qu’Omer connaissait. Il fait parti du GTM (Groupement des Tradi-praticiens pour la Médecine). Il aimerait profiter de notre future production pour confectionner des soins traditionnels. Il a été tout dernièrement agrée par l’état.
A l’avenir, il aimerait avec ce groupement ouvrir un dispensaire de médecine traditionnelle. Il m’a aidé à trouver quelques graines et m’a fait rencontrer un agroforestier, qui travaille dans une structure technique du ministère de l’environnement et de la forêt. Il va nous aider à compléter nos besoins en plantes pour le terrain., car il y a toujours des arbustes et autres que nous n’avons pas trouvés. Or, c’est cette année et dans la saison qu’il faut les planter. Ils ne seront actifs et productifs que d’ici 2-3 ans et il faut profiter de la saison des pluies pour qu’ils se développent un maximum avant la saison sèche de Septembre. Il aurait même fallu déjà démarrer une pépinière en Février, pour ensuite replanter sur le terrain dès maintenant, alors… au travail !
28 avril 2008
La vie à Kpalimé
Sinon, je n’ai pas eu de soucis pour rejoindre Omer(voir sa présentation, colonne de gauche). Je suis tombée sur de sympathiques taxi-men intrigués par mes graines de Mucuna, et mon livre sur les Plantes médicinales d’Afrique ; et une fois arrivée à Kpalimé, j’ai rencontré à la station un de ces voisins qui m’a prise en charge : il a trouvé un taxi qui m’a emmenée directement devant sa porte avec tous mes bagages. Et maintenant, soulagement, car il est beaucoup plus aisé de travailler l'un en face de l'autre qu'à des km...
Le w-end a été studieux.
Samedi matin: discussion avec Omer sur les prévisions d’achat des graines ou tubercules à Kpalimé. Le soleil, d’habitude voilé ici, où les pluies sont plus nombreuses qu’à Lomé, est aujourd’hui torride. Béni soit le manguier qui nous a apporté son ombrage durant cette mise au point, et qui nous a épargnés de la chute de ses fruits sur nos têtes. Les gens ici se moquent de cette éventualité, mais sachant que c’est la saison, et que j’en ai vu au moins 5 tombées hier…je me méfie. Mais une fois à terre, quel régal ! Je me suis convertie au mangues « indigènes » : elles sont plus petites et fibreuses que celles des manguiers greffés importés en Europe, mais elles sont beaucoup plus parfumées et sucrées. Ici, on les mange comme des pommes : on croque dedans à pleines dents ! la peau y passe…elle donne du goût et elle aurait des propriétés immunostimulantes !
Les avocats aussi abondent. Ils sont succulents ! et au moins ils ne réservent pas les surprises de ceux qu’on a l’habitude de manger en France : tous mûrs à point (on entend le noyau bouger lorsqu’on secoue le fruit), ils fondent dans la bouche comme du beurre. Les femmes s’affairent et préparent avec des sandwichs auxquels elles ajoutent tomates, oignons et mayonnaise pour ceux qui le souhaitent. Ce sont souvent les étudiants ou les zémidjians (taxi-moto) qui les consomment, sur le pouce.
Hier, chose improbable, je me suis retrouvée à l’église ! les voisins m’ont très gentiment invitée, alors je n’avais plus qu’à me laisser embarquée….et je me suis dit que cela pourrait être instructif d’assister à une messe au Togo ! Ils m’ont emmené à l’EMS (Eglise en Mission pour le Salut), je crois que c’est d’inspiration catholique ? il y a beaucoup de cultes : protestantisme, catholicisme, animisme, sans compter toutes les sectes qui paraît-il ont proliféré : témoins de Jéhova, évangélistes, scienthologistes…je vois des panneaux indicateurs à tous les coins de rue.
Au début, j’ai été très gênée, car l’assistant du pasteur, du fait de ma venue, a répété tout son prêche en français….le jour de l’indépendance du pays en plus ! et oui, c’était un 27 avril 1960…je n’ai pas vu grand chose de la cérémonie car il a plu toute a journée, et de toute façon, la plupart des Togolais s’en fichent (jusqu’ à présent, ils n’ont pas beaucoup profité de leur indépendance), si bien que c‘est un évènement essentiellement militaire. Ce jour reste une bonne excuse pour préparer un bon repas. Omer et ses voisins ont préparé un fufu, plat national (et c'est aussi mon plat préféré). Délicieux : igname pilé, et sauce au poulet cuit dans un bouillon de gingembre, ail et tomates…hmm.
Pour en revenir à la messe, je n'ai pas du tout aimé le fond de leurs discours: si on est malade, c’est à cause de Satan, et cela ne sert à rien de se ruiner pour se soigner parce que si le vilain est en nous, on sera non seulement malade mais sans le sou, et Satan se réjouira alors de son œuvre ! Notre seul salut: se tourner vers Dieu et lui témoigner adoration et obéissance !
En fin de matinée, une femme respectable de la congrégation a narré des scènes miraculeuses qui se seraient déroulées récemment un peu partout en Afrique de l’ouest. De récents convertis partis prêcher la parole de Dieu auraient échappé grâce à leur Bible aux tentatives meurtrières de leurs agresseurs... l’assemblée semblait prendre ces paroles pour du pain bénit.
Et d’autre part, il y avait des surveillants ! ils observaient les « fidèles » et réprimandaient le premier qui osait s’endormir.
En revanche, à ces moments pénibles (pour moi), succédaient des moments de très grande joie : les prières et les louanges se faisaient en chantant et en dansant en cercle. Et voir toutes ces femmes et ce hommes animer leurs beaux habits du dimanche, c’était réjouissant ! moi même, j’ai participé, et ils ont bien rigolé de voir la « yovo » prendre part à leurs pas de danse.
Donc une expérience qui était tout de même à faire. En partant, le pasteur m’a demandé mon n° de tel pour me convier à de prochaines messes dominicales, mais j’espère bien m’arrêter là !
Sinon Omer s’est bien investi durant mon absence : grande récolte de graines de Neem, de Moringa (cf message précédent), de Leucaena, et de Jatropha.
Le Neem, Azadirachta indica, est un arbre originaire d’Inde, d’où il a été importé comme arbre des avenues pour son ombrage. Il se contente de peu et résiste bien à la sècheresse si bien qu’on en trouve désormais dans tout le Togo à l’état spontané, pourvu que le sol soit profond. Mais à Danyi, il est assez rare de l’apercevoir, car là-bas, la roche est souvent proche de la surface. Il faut pourtant trouver un endroit adéquat sur le terrain car outre ses capacités à calmer fièvres, ulcères gastriques, et paludisme, il a des vertues insecticides.
Il produit en effet l’azadirachtine, une molécule qui se comporte comme un facteur antinutritif à l’encontre des insectes. « Par son amertume, elle empêche les criquets de dévorer les cultures sur lesquelles on a pulvérisé une macération aqueuse des graines et d’autre part, par une action complexe au niveau des régulations hormonales de l’insecte, elle bloque la croissance larvaire et nymphale, elle décourage les femelles de pondre leurs œufs et empêche la formation de la chitine, etc. (…) » et à Danyi, il y a plein de criquets, surtout en saison pluvieuse. « Comme c’est un insecticide biodégradable, de nombreux produits commerciaux contenant de l’azadirachtine sont maintenant disponibles », mais en France ils ne sont pas encore autorisés à la vente. (cf Plantes médicinales d’Afrique, J-L Pousset).
Il doit y avoir d’autres plantes locales contre les criquets et autres insectes, mais on est pas sûrs encore de pouvoir les trouver et s’en servir.
Le Leucaena est un arbuste aux multiples usages agricoles.
Il peut servir d’engrais: ses feuilles contiennent beaucoup d’azote et peuvent donc être utilisées pour amender le sol. Il peut contrôler l’érosion : planté serré en rang, l’arbuste va former plus tard des barrières qui vont détenir l’eau au-dessus de la surface de la terre et contribuer ainsi à la formation de terrasses. Les racines entreront alors dans le sol et fourniront de l’humidité et des substances nutritives qui enrichissent le sol.
Puis il peut aussi servir de brise-vent, de palissade, de bois de chauffe et de fourrage. (cf site ww.Plant-Trees.org)
Par contre, il fait partie des espèces considérées comme envahissantes par le Togo puisque le Leucaena est originaire d’Amérique du sud et aurait tendance à se développer au détriment d’autres espèces locales. Mais bon, on fait avec ce qu’on a : les dispositifs de l’état togolais n’étant pas très efficaces, ni même prompts à soutenir ses agriculteurs pour la protection des sols …manque d’informations, et surtout de production des essences auxiliaires locales !
Sinon le Jatropha , Jatropha curcas, est un arbuste qui a de l’avenir en Afrique. Outre ses nombreuses propriétés médicinales ( antiseptiques, molluscicides), l’huile de ses graines peut remplacer le fuel dans les moteurs diesel. Donc un Biocarburant, et un vrai ! car il n’est pas exigeant comme le maïs, le colza ou encore d’autres soi-disant biocarburants qui nécessitent à grande échelle beaucoup d’intrants (pesticides, engrais et eau) ! Les capacités de résistance du Jatropha sont telles, qu’on l’utilise pour lutter contre la désertification dans les pays du Sahel. Dans un premier temps, nous nous en serviront pour clôturer le terrain et préserver ainsi nos futures cultures de la dent des ruminants qui paissent dans les parages. Car les bouviers (ceux qui ont en charge la conduite des troupeaux) se préoccupent très peu de l’endroit où leurs bêtes vont satisfaire leurs estomacs, ce qui d’ailleurs est souvent à l’origine de conflits entre éleveurs et agriculteurs. Mais le Jatropha est une Euphorbiacée : il contient un latex qui rend ses feuilles toxiques !
Ce type de barrière serait également efficace comme pare-feux. Il y a eu beaucoup de feux de brousse cette année à Danyi. Ils sont déclenchés et parfois mal contrôlés par les chasseurs qui souhaitent rabattre le gibier, ou par les bouviers qui stimulent ainsi la repousse d’une herbe tendre pour leurs troupeaux, ou encore par des agriculteurs qui s’en servent pour défricher leurs champs. C’est un problème récurrent dans toute l’Afrique qui est d’autant plus ravageur qu’il a lieu en saison sèche au moment de l’Harmattan, vent du Sahel qui vient assécher les terres et à l’occasion attiser les feux…peut-être qu’un muret s’avérerait nécessaire !
Une fois nos Jatropha productifs, on transformera les graines en huile pour moteur et financer ainsi nos déplacements…et puis peut-être en huile pour savons. Voici le récit d’une expérience avant-gardiste au Cap vert : « Plus intéressant encore est la possibilité de fabriquer du savon avec cette huile. C’est ce qu’un industriel a décidé de faire en implantant dans les îles du Cap Vert une usine. En mélangeant 70% d’huile de Jatropha curcas et 30% d’huile de Cocos nucifera, il obtient un savon proche de celui du savon de Marseille. Or les îles du Cap vert importaient jusque là 1000 t de savon /an du Portugal. L’usine très simple comporte une cuve chauffée par l’énergie solaire avec des moteurs diesel transformés pour fonctionner à l’huile de Jatropha. »
(extrait de Plantes médicinales d’Afrique). ASMERADE-TOGO, une association locale, dont j'ai rencontré le représentant Vendredi, a commencé un programme de plantation de l'arbuste que l'on trouve banalement dans tous les villages en guise de clôture. Les coupures d'électricité, voire même l'absence d'électricité dans de nombreux villages du Togo, paralysent le développement du pays. La multiplication de groupes électrogènes fonctionnant à l'huile de Jatropha pourrait être une solution…
24 avril 2008
Départ pour Kpalimé
J'ai enfin obtenu les graines que je recherchais ou du moins des graines, car je n'ai qu'un cinquième de ce que je souhaitais trouver, mais c'est mieux que rien !
Je pars donc sur Kpalimé avec plein de livres et des outils tels que fourche, bêche, râteau. Ici, la plupart des agriculteurs n'utilisent pas tous ces dérivés. Ils se contentent de la houe qu'ils manient avec une remarquable dextérité, ce qui leur permet de faire un peu tout avec: défrichage, désouchage et travail de la terre. Ils s'en servent aussi pour faire les buttes dans lesquelles on plante les tubercules d'Ignames, qui se reproduiront dedans (un peu comme ce que l'ont fait avec les pommes de terre). Mais moi je ne suis pas sûre de mon aptitude à manier l'outil, alors en ce qui concerne le travail de la terre, je préfère rester sur mes bases européennes.
J'emporte également avec moi 20 kg de graines de Mucuna pruriens, légumineuse qui va fertiliser le sol, et protéger les jeunes arbres que l'on va planter, de la concurrence (en eau et en nutriments) des graminées. Traditionnellement, ses graines sont utilisées en Côtes d'Ivoire par les Attiés contre les morsures de serpents. On mâche les graines et on avale l'extrait, puis on incise la plaie en y mettant le résidu des graines mâchées. Des expériences scientifiques sur des souris ont confirmé l'usage. C'est une plante qui serait également intéressante pour lutter contre la maladie de Parkinson. (d'après Plantes médicinales d'Afrique , J-L Pousset).
L'ITRA (cf message précedent) m'a également fourni des graines et des boutures de Moringa oléiféra, arbuste fertilitaire que je souhaite utiliser (entre autre) pour dresser des cordons de plantation anti-érosion transversaux aux pentes de mon terrain. Ils retiendront également l'eau. Les pluies sont souvent torrentielles, et le soleil très fort. Les sols de Danyi sont très rarement dégradés mais dans un contexte où les éléments sont excessifs, il vaut mieux prévenir que guérir !
Le Moringa (yovoviti en éwé, Ben-ailé en français) est également très intéressant. Ces feuilles, riches en vitamines et en protéines peuvent servir de complément alimentaire. Avec ses graines, ont obtient une huile aux propriétés similaires à celles de l'huile d'olive. Elles contiennent également un coagulant supérieur aux sels d'aluminium utilisés pour purifier l'eau et pourraient donc être utilisées dans les pays en voie de développement étant donné le prix exorbitant du traitement des eaux. (d'après Plantes médicinales d'Afrique , J-L Pousset, voir aussi le site www.activ-moringa.org)
Je pourrai partir avec plus de variétés, mais les personnes compétentes sont en déplacement et j'ai déjà assez traîné mes pieds à Lomé. J'ai profité du temps nécessaire ici pour acheter également un grillage fin. Je le tendrai sur le terrain entre deux arbres pour essayer de récupérer l'eau de la brume matinale de Danyi. Si l'expérience est infructueuse, j'essaierai avec un tissu de moustiquaire (encore plus fin), et on verra…
Sinon, les pluies ici restent rares …et pourtant quel soulagement après une pluie ! s'il pouvait pleuvoir tous les jours finalement ! La température chute, le soleil est voilé, il fait bon…comme un petit air de fin de printemps en France !
Mais il faut se méfier… lorsque je suis sortie après la dernière pluie, c'était comme si les habitants avaient fuit la ville: presque plus de circulation (difficile de trouver un taxi), presque plus de piétons à l'horizon, les marchandes avaient déserté leur place. Moi qui était si à l'aise de cette nouvelle atmosphère, pourquoi les habitants n'en profitaient-ils pas ? Petit à petit, en observant les rues sur mon parcours, j'ai compris qu'ils n'étaient pas complètement fous ces Togolais ! En début de saison des pluies, les dépressions s'accompagnent de fortes rafales de vent. Or beaucoup d'éléments qui animent les rues de la ville (buvettes, échopes, téléphones, poteaux électriques..) sont faits de bric et de broc… alors quand le vent est là, il vaut mieux faire attention à sa tête, et éviter aussi les arbres joliment parés de mangues, d'avocats et de noix de coco. Et en plus, comme il n'y a pas de poubelle, les détritus qui jonchent le sol virevoltent dans les airs que l'on respire allègrement…donc merci la nouvelle atmosphère !
Bref, sinon visite chez les amis, toujours aussi accueillants et optimistes et une nouvelle rencontre intéressante avec un Franco-Togolais (Michel) qui va participer en juin au Salon International de l'Humanitaire, en France, au Parc Floral de Vincennes. Il souhaite promouvoir quelques associations du Togo, dont peut-être celle de mes amis (AJVAD-TOGO). Je me suis fait à l'occasion formatrice sur les logiciels In-design et Photoshop pour les aider à mettre en page prospectus, et cartes de visite en vue du salon.
Michel a d'abord travaillé quelques années au Togo, puis lassé de la lenteur des rouages du pays, il est parti étudié en Chine, puis a travaillé en France, en côte d'Ivoire, et au Bénin ! de sacrées expériences qui firent de cette rencontre un moment très enrichissant: discussion sur les nouvelles relations qui unissent le Togo à la Chine (qu'il ne voit pas non plus d'un oeil positif), le problème de la trop grande pénétration des produits chinois en Afrique, les Français et les noirs, les Chinois des années 80 et les noirs, les Béninois, les Ivoiriens et bien sur, les Togolais !
Voilà,
Il est temps de partir !
10 avril 2008
Arrivée à Lomé
Mon arrivée au Togo s'est bien déroulée. L'avion a eu seulement une heure de retard. J'ai par contre été inquiétée par un certain douanier togolais qui voulait fouiller un de mes sacs, car je crois qu'on a pas le droit de ramener toutes les graines que j'ai apporté ici, à moins de payer une taxe. Un autre m'a demandé ce qu'il y avait dedans (-"des livres, des vêtements…"), et ça lui a suffit, il a été sympa. Peut-être a-t-il été également découragé par toutes les épaisseurs de plastiques qui l'enveloppaient: j'avais fait emballé mes valises à Roissy, car elles étaient tellement bondées que j'avais peur qu'elles éclatent pendant le trajet !
Je suis ici depuis deux jours et les mots en ewe me reviennent petit à petit, avec l'aide des togolais… mais tout de même, quelques révisions s'imposent. J'ai emporté avec moi un livre que j'aurais dû ajouter à celle déjà présentée au message précédent (mais il y a tellement d'informations et de photos que j'aurais dû envoyer sur ce blog avant de partir… j'espère pouvoir le compléter avant mon départ de Lomé). Il s'agit du dictionnaire français-éwé de Jacques Rongier (ed.Karthala) . Après cette lecture, j'ai l'espoir de devenir une autochtone !
A l'heure où j'écris, vient de se produire la deuxième pluie…. de la saison des pluies. Pour le moment, rien d'impressionnant. Elles ne durent que 10 à 15 min. Mais là où je vais cultiver mon champ, elles peuvent durer parfois des jours…et ce ne sont pas des crachins bretons, mais des trombes d'eau. Demain, en prévision, j'achète un K-Way XXL !
Je pense rester une bonne semaine sur Lomé : le temps de voir les amis, et de trouver ce dont j'ai besoin pour le terrain. Il me faut des graines de légumineuses (famille de plantes qui fertilisent la terre), dont voici la liste pour ceux qui souhaitent, un jour peut-être, tenter l'aventure de la culture en milieu tropical :
- Centrosema pubescens - Pueraria phaseoloide - Calopogonium muconoïdes - Calopogonium caeruleum - Canavalia ensiformis - Crotalaria juncea - Desmodium ovalofolium - Mucuna pruriens - Psophocarpus palustris - Psophocarpus tetragonolobus - Stylosanthes - Vigna - Canavalia - Flemingia - Tephrosia - Desmodium - Macroptlilium
Ce n'est pas évident de trouver les semences de ces espèces, car la culture de légumineuses n'est pas encore dans les habitudes des agriculteurs du pays. Ils pratiquent la jachère, c'est-à-dire qu'ils laissent leur terrain au repos pendant x années : au début du siècle ce repos pouvait durer une dizaine d'années, voire plus. Maintenant, avec l'augmentation de la population, les périodes de jachères durent en moyenne 3-4 ans, car les agriculteurs n'ont plus autant de terres qu'autrefois. Ils pratiquent également des rotations et des associations de cultures pour ne pas appauvrir rapidement leurs sols (qui se produirait avec une succession de monocultures exigeantes pratiquées sur une même parcelle). Je connais plusieurs personnes qui peuvent m'aider à en trouver. Pour le moment, j'en ai contacté deux : un chercheur de l'université de Lomé, et le responsable du CTOP (Coordination Togolaise des Organisations Paysannes). D'après eux, je pourrai en trouver auprès de l'ITRA de Lomé (Institut Togolais de Recherche Agronomique), et auprès de l'IRCC (je ne sais pas encore ce que c'est ) à Kpalimé, ville située sur la route en allant vers mon terrain. Sinon, je peux en trouver avec certitude au Bénin… à voir.
Il faut que je trouve également avant de partir des outils pour travailler la terre. Il sont paraît-il moins chers à Lomé.
J'aimerai bien aussi visiter une ferme à Tsévié (ville à une 50aine de km au nord de Lomé) , mais les pluies étant déjà là, il vaut mieux que je fasse en sorte d'être le plus tôt possible sur mon terrain... s'il n'est déjà trop tard...
Le terrain: friche sèche sur les hauteurs, et végétation arborée à la fraîcheur de la rivière Danyii, en contrebas.